Lizard - Spam

20/06/2007

Par Djul

Label: Metal Mind Productions

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C’est parfois avec beaucoup de bonheur que l’on suit l’évolution, l’essor et l’ouverture d’un label ainsi que sa capacité à trouver de nouveaux talents et à devenir ainsi une « force de proposition » aux auditeurs avides de nouvelles sensations que nous sommes.

Metal Mind, ce label polonais parti de rien, ou de si peu, en fait partie. Développé autour de l’excellente idée d’enregistrer les concerts locaux de grands ou futurs grands du genre (citons Anathema, Andromeda, ou Pendragon, pour les plus récents), cette structure produit désormais de jeunes artistes progressifs. En cumulant toutes les activités possibles dans la «  chaîne de valeur musicale  » (label, distributeur, promoteur, tourneur et même magazine), ce «  mini conglomérat  » tourne désormais à plein régime. Il est plaisant de voir les revenus tirés d’une activité à risque limité, comme la distribution de CD et DVD de concerts de grosses pointures, financer l’enregistrement de jeunes loups. Comme quoi, même dans la musique, un business model, ça sert.

C’est ainsi que Lizard vient s’ajouter aux excellents Moonlight (metal atmosphérique) et surtout à tous les groupes progressifs de l’écurie Metal Mind : Satellite, par exemple, ou encore les légendes locales telles Collage et SBB.

Cependant, ce quatuor polonais est loin de débuter puisque sa création date de 1990. Depuis, le groupe a déjà sorti 6 albums (dont le petit dernier, Spam) mais également réalisé son rêve : ouvrir en 1997 pour le mythique trio Emerson, Lake & Palmer, son influence la plus évidente. Une première écoute de Spam ne fait d’ailleurs que confirmer ladite influence : claviers «  pompiers  », structures saccadées et références à la musique classique. On est très proche de ce power trio-là ou encore de UK, à cette différence près que John Wetton ne chantait pas en polonais. Bien qu’il tienne également la six cordes, Damian Bydlinski est bavard; autant dire qu’il ne faudra pas être allergique à cette langue au phrasé langoureux pour apprécier l’album. Ce dernier commence d’ailleurs a capella pendant 30 secondes : vous voilà prévenus. Pour en finir avec la voix, on mentionnera le fait qu’elle est plus souvent susurrée que réellement chantée, et n’a donc rien d’envahissant : on ne peut s’empêcher ainsi de penser parfois au délirant Alberto Piras de Deus Ex Machina, en moins excentrique toutefois. Un rapprochement avec la formation italienne renforcée par une section rythmique très dynamique (presque groovy par moments) à laquelle s’ajoute le violon omniprésent de Krzysztof Maciejowski. Un cocktail détonnant à l’œuvre dès «  Spam 1  » qui fait mouche instantanément. Chaque titre est très long et complexe, à l’exception de la ballade «  Spam 3  », pause entre deux déluges de notes, d’improvisations jazz-rock très travaillées et de «  plans  » en pagaille. La production, impressionnante de clarté et de détails, est très équilibrée, même si elle a tendance à donner plus de place aux riffs électriques autour desquels sont bâties la plupart des compositions.

Après le plombier polonais, c’est donc le pompier qui traverse nos frontières. Moins séduisant que le premier, il a cependant le mérite de ne pas avancer masqué (cette boutade en référence à certaines entreprises françaises craignant la concurrence «  déloyale  » de leurs nouveaux partenaires dans l’Union Européenne) : avec autant de technique, de virtuosité et d’énergie, c’est bien une arrivée en fanfare ! Ce disque, s’il est parfois un peu monolithique, reste très recommandable aux amateurs d’ELP, King Crimson ou Deus Ex Machina. Trois références qui montrent bien qu’il ne manque plus grand-chose pour que Lizard s’installe dans la cour des grands.