Opus Est - Opus II

15/06/2007

Par Jérôme Walczak

Label: Musea

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Un peu d’histoire ne nuit pas. Opus est un vieux groupe suédois, qui, après avoir édité Opus I à 500 exemplaires en 1983, avait fini par se séparer, le succès n’ayant jamais été au rendez-vous. Opus II aura donc mis plus de vingt ans à (re)voir le jour, avec des enregistrements oscillant entre 1979 et aujourd’hui. Nous replongeons ici de plain-pied dans le prog des années 1970 et 1980, avec une parenté toute revendiquée : Opus II est en fait le fils bâtard de Nursery Cryme et de Tales from Topographic Ocean, la voix du chanteur étant elle-même un savoureux mélange de Peter Hammill et de Jon Anderson.

Ce disque comblera les amateurs de la grande époque, et leur permettra de découvrir un groupe n’ayant laissé guère de traces dans leur discothèque… Opus Est, c’est ce disque laissé tout seul, posé en haut de l’étagère, couvert de poussières, dont le boîtier devient presque opaque à la longue et dont on finit par oublier l’existence… Il est difficile de juger de la qualité musicale de telles œuvres, tout simplement parce que, et c’est normal, elles ne sont guère en phase avec notre époque. En même temps, il faut toujours saluer les bonnes initiatives, et celle de Muséa, consistant à faire un peu de pédagogie, en nous initiant à des groupes qui seraient restés à jamais dans l’oubli, en est une.

Cet album est subdivisé en deux parties de qualité et d’intérêt inégaux : « Four métamorphoses of a Face » et « Four Songs ». La première n’apporte rien de bien nouveau, tant nous sommes dans des ambiances familières : tout au plus fait-elle passer le groupe pour un énième succédané de Yes ou de Genesis. « The Seeing Eye of God », par exemple, a une parenté assez prononcée avec « Yours is no disgrace » de Yes, les morceaux suivants suivent peu ou prou le même modèle. Elle rappelle un peu ces petites vignettes des années 1980 faites de rainures de plastique dont l’image changeait en fonction du point de vue : un poisson qui sourit, un chat qui pêche, une fourmi qui bricole, rappelez-vous…. L’amateur de Yes reconnaîtra du Yes s’il se penche en avant, le fan de Genesis reconnaîtra du Genesis s’il se penche en arrière, et c’est à peu près tout.

La seconde partie est bougrement plus intéressante, elle aurait d’ailleurs largement suffit. On découvre de nouveaux horizons, et Opus Est montre que le monde de la musique est ingrat. Les mêmes compositions interprétées par la bande à Anderson auraient donné un album de Yes fantastique. « Springtime », avec une ambiance blues, est d’une originalité inattendue, et on se surprend à penser : « mais c’est déjà fini… ». « Winter », c’est le titre tout simplement le plus grandiose du disque : une magnifique épopée, dans la lignée des « Awaken », « Gates of delirium » ou « Close to the Edge ». « Marie-Claire » est tout simplement drôle, avec ses parties de voix « bowiennes », ses ruptures de rythmes, ses envolées de claviers se conjuguant à une basse totalement désorientée. On est entre Act et Klaus Nomi, si tant est que de telles comparaisons puissent donner une idée de la chose…

Le monde est ingrat. Ce groupe mérite un peu plus de reconnaissance et il est désormais hors de question que ce disque prenne la poussière, même si Opus Est n’a rien inventé ou quasi. Rangez-le, pas forcément à la lettre « O », mais entre Going for the One et Relayer. Il sera tout à fait à sa place, ce qui, mine de rien, n’est pas un vain compliment.