Ange - Le tour de la question

06/06/2007

Par Christophe Gigon

Label: Bleen Records

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Ange a compris comment éviter la plaie du téléchargement illégal : en offrant à ses nombreux admirateurs un objet complet et précieux que tous se devront de posséder. La dernière livraison angélique est un enregistrement en public de leur magnifique prestation au Mix Festival (Belgique) en novembre 2005, pendant la tournée astucieusement intitulée « Le tour de la question », tournée de promotion de leur dernier album en date sorti en 2005 : ?.

Le coffret comprend donc le concert susnommé en DVD ainsi que son pendant audio amputé de quelques titres afin de tenir sur un seul CD. A noter également que le DVD propose en bonus deux des chansons les plus appréciées des fans : le « tube » « Quasimodo » ainsi que ce qui restera peut-être à jamais le morceau le plus fort d’Ange : « Capitaine Cœur de Miel ». Et rien que pour la version dantesque de cette dernière, l’achat de l’objet vaut son pendant de frissons. A ce propos, quel incroyable guitariste que ce Hassan Hajdi ! Un des rares à avoir su mêler la technicité dégoûtante d’un Satriani à l’émotion d’un Rothery ou d’un Gilmour. Il est vrai qu’après Jean-Michel Brézovar (guitariste originel du groupe), Claude Demet (guitariste sur l’incroyable Guet-apens ou encore Jean-Pascal Boffo (guitariste de Christian Décamps et responsable de parties de guitare purement et simplement magiques sur l’album en public du Père Décamps Vesoul en 1995), Hassan Hajdi ne pouvait se permettre d’aligner « simplement » les plans techniques à la Vai, Van Halen et autres Satriani. Cela eût été vain et stérile. Hassan a su donc marier le meilleur des deux mondes : imaginez des soli aussi émouvants et mélodiques que ceux dont est capable le guitariste de Marillion couplés à une technique monstrueuse capable de vous emmener très vite très haut. Orgasmes musicaux et chair de poule garantis ! S’il fallait encore convaincre le lecteur du jeu tout en finesse du sieur Hassan, jetez donc un œil sur sa prestation en fin du magnifique morceau « Le ballon de Billy ». Vous m’en direz des nouvelles ! Les autres membres du groupe ne sont naturellement pas en reste : Tristan (à la voix si puissante et si personnelle) et ses claviers possédés, Thierry Sidhoum, excellent bassiste très jazz et « groovy », la chanteuse Caroline Crozat et finalement le batteur Benoît Cazzulini qui a remplacé l’excellent Hervé Rouyer que l’on ne peut malheureusement que regretter. Le nouveau batteur n’atteint pas la finesse technique de ce dernier qui savait porter la musique angélique vers des sommets que l’on ne croyait accessibles qu’aux groupes anglo-saxons. Le Père Décamps, quant à lui, à bientôt soixante-et-un ans est encore bien vert et donnerait des leçons d’énergie à cette jeunesse mollassonne et amorphe qui pollue la télévision française. Décamps restera donc ce mage charismatique sur qui tous les regards se portent : sorte de croisement heureux entre Brel et Fish. Heureusement, la voix du Père est restée plus proche de celle du Belge que de l’Ecossais !

Que dire de la sélection de titres si ce n’est qu’elle pioche allègrement dans l’ensemble de la carrière du groupe : soit parmi une discographie conséquente représentative d’une carrière de plus de trente-cinq ans au compteur ! Même s’il ne reste que Christian Décamps de l’Ange originel, l’esprit reste bien le même tant les nouveaux et jeunes musiciens ont su apporter fraîcheur et renouveau à cette musique si typée tout en veillant bien à garder cet esprit théâtral et envoûtant qui a toujours constitué la marque de fabrique du Genesis français. Et ce n’est pas pour rien que ce groupe a su influencer de nombreux musiciens et ce, même en dehors de l’Hexagone. Steve Wilson, leader de Porcupine Tree ainsi que Steve Hogarth, chanteur de Marillion n’ont jamais caché leur amour pour ce groupe francophone si peu français dans sa démarche. En effet, Ange a plus à voir avec Marillion, Porcupine Tree ou Pink Floyd qu’avec la chanson française même si la voix de Décamps peut parfois faire penser à celle de Brel, voire à celle de Johnny dans les passages les plus appuyés. Mais on est bien loin de la vacuité propre à la démarche de l’icône Hallyday avec l’objet de cette chronique, rassurez-vous !

Revenons au disque chroniqué : le son y est clair et puissant. Pour qui a déjà vu Ange sur scène sait à quel point le groupe peut captiver son auditoire. Preuve en image avec le DVD et plus particulièrement avec les titres « Si j’étais le Messie » et « Capitaine Cœur de Miel ». A noter également le retour du classique « Le chien, la poubelle et la rose » rarement interprété sur scène dans son intégralité (près d’une dizaine de minutes) et seulement présent sur l’album en public Tome VI sorti à la fin des années soixante-dix .

Vous aurez donc bien compris que cet objet ne forme rien de moins qu’un trésor à posséder à tout prix. En effet, étant donné la maison de disques quelque peu obscure sur laquelle est sorti ce produit, il est fort à parier que l’on ne le retrouvera qu’avec peine dans les bacs dans une dizaine d’années. Tout comme l’excellent album du nouvel Ange Troisième étoile à gauche (qui restera peut-être le meilleur album d’Ange toutes périodes confondues) sorti en 1997 et absolument introuvable dans le commerce et avec difficulté en ligne. Quand on voit la peine que l’on a à se procurer les albums d’Ange post-PHILIPS et le nombre de groupes médiocres (parmi d’autres excellents, il faut bien le noter !) constituant l’écurie Musea ou Inside Out, on se demande quand Ange bénéficiera enfin d’une maison de disques digne de sa grandeur. Si vous savez lire entre les lignes, vous aurez évidemment bien compris qu’il ne faut pas attendre Noël avant d’aller se porter acquéreur de la boîte à délices chroniquée.