Beyond Twilight - For the Love of Art & Making

02/06/2007

Par Sébastien Crépy

Label: Massacre Records

Site: www.beyondtwilight.dk

Quand Jorn Lande quitte le groupe après un premier album conceptuel fort réussi, il est difficile d’imaginer que quelqu’un puisse reprendre le flambeau et donner suffisamment d’autonomie à Beyond Twilight pour qu’il franchisse le cap de l’année 2001, année de sa genèse. Encore un projet éphémère laissé sans suite par un créateur génial mais qui ne tient pas en place se lamente-t-on dans les chaumières! Pourtant, la sortie d’un successeur, avec Kelly Sundown Carpenter aux commandes, créé la surprise en 2005 et s’attire les faveurs du public. Qu’en est-il avec Björn Jansson, dernier troubadour en date, venu prendre le contrôle dans cette troisième escapade musicale pompeusement intitulée For the Love of Art and the Making

Un rapide coup d’œil à la liste titres qui composent l’album nous mettra sur la voie de l’album conceptuel, formule qui semble d’ailleurs chère et fidèle à l’esprit de la série. Des dires du chanteur lui-même, ce nouveau rejeton est le plus abouti qu’il ait jamais produit, et l’on veut bien lui donner raison tant il recèle de richesses, tant subtiles que puissantes! Björn Jansson joue les apprentis sorciers et enfante d’un disque qui ose le mélange des genres en restant toutefois très structuré. Quelques écoutes seront ainsi nécessaires pour se familiariser avec l’ensemble, mais le jeu en vaut la chandelle car l’originalité, la variété et la technicité sont réunies en une symbiose plutôt rare! 

Au risque de tenir des propos hérétiques, nous dirons qu’avec For the Love of Art and the Making, l’élève a dépassé le maître: émulant parfois l’ancêtre qui sévissait sur le premier Beyond Twilight avec talent, le nouvel expert en cordes vocales s’en tire avec brio en oscillant entre son chant propre (incisif et puissant) et celui, réminiscent, de Jorn Lande! Qu’il cherche à épater la galerie ou tout simplement à séduire les inconditionnels de Jorn, nous n’en aurons cure tellement le résultat est probant! 

For the Love of Art and the Making s’ouvre ainsi sur un chant fort propre à Björn (Lande ?), épaulé par un mouvement élégiaque ponctué de puissants uppercuts à la batterie. On retrouve en filigrane un côté symphonique qui évoque parfois la légèreté d’une œuvre comme celle deFantasia de Disney, avec ses tintements et ses notes de piano aigues qui meurent subtilement au sein d’un environnement qui puise pourtant ses racines dans un métal plutôt vitaminé. Parfois, ce côté symphonique se durcit et l’on retrouve même la puissance et la majesté d’un album comme Death Cult Armageddon de Dimmu Borgir, mais épuré du chant black métal brutal de ces derniers. 

Ces deux aspects de la musique impulsée par Björn Jansson peuvent donner une idée de la teneur globale de For the Love of Art and the Making mais ne permettent en aucun cas de cerner toutes les facettes qui le composent: les moments psychédéliques, synthétiques et conceptuels sont nombreux: on recense ainsi une quarantaine de pistes au bataillon! Moyen rapide pour l’auditeur de retrouver avec facilité les différents mouvements qui composent l’album ou volonté de donner du fil à retordre aux internautes qui souhaiteraient diffuser l’album sur les réseaux de Peer to Peer? Une chose est certaine, il est fortement conseillé de déguster cet album d’une traite, sur une chaîne de salon, sans coupures, plutôt que sur un lecteur portable avec les vides désagréables de deux secondes qui caractérisent le découpage d’un CD en fichiers MP3! 

Avant l’attribution traditionnel de la note de fin d’article, il conviendra de bien situer cet enregistrement par rapport aux deux précédent: il synthétise bien la folie qui régnait sur le premier et l’énergie que dégageait le second; il est cependant le plus complexe des trois et demandera une petite période d’adaptation sous la forme d’écoutes à renouveler. En un mot, un grand album à ne pas rater !