Planet X - Quantum

27/05/2007

Par Jean-Philippe Haas

Label: InsideOut Music

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Si certains pouvaient douter de la capacité de Planet X à donner un successeur au quasi-définitif Moonbabies, pierre angulaire de la fusion jazz-metal, ce Quantum les remet à leur place sans ménagement. Bien que la concurrence se soit considérablement durcie dans le domaine depuis 2002, Derek Sherinian et sa bande donnent un message clair à leurs challengers : « retournez donc bosser un peu ».

Le versatile Derek Sherinian prouve une fois encore qu’il sait s’entourer. La basse ronflante de Rufus Philpot et de Jimmy Johnson vient prêter main forte à l’inamovible Virgil Donati à la batterie. Exit Tony Mac Alpine qui avait officié sur les deux albums précédents, les guitares sont ici tenues par Brett Garsed et la légende Alan Holdsworth (UK, Soft Machine, Gong pour n’en citer que quelques-uns parmi la multitude).

La direction musicale de Planet X n’a guère changé et Quantum reprend les choses là où Moonbabies les avait laissées. Axées bien davantage sur la mélodie que sur la performance instrumentale, les neuf compositions tissent des ambiances spatiales animées par une section rythmique redoutable et enluminées par les claviers fantasques de Derek Sherinian ou quelques soli de guitare, qui ne manquent pas de monopoliser le terrain lorsqu’ils sont interprétés par Holdsworth (« Desert Girl », « The Thinking Stone »). L’aspect technique reste présent, mais on est loin du côté démonstratif d’un Liquid Tension Experiment, par exemple. Le docteur ès mesures asymétriques qu’est Virgil Donati aligne des rythmiques à la fois évidentes et d’une vicieuse complexité (« Matrix Gate », « Quantum Factor »). Les riffs à la « The Noble Savage » et les tempi façon « Digital Vertigo » se font plus rares au profit de grooves puissants et travaillés. Véritable concentré du savoir-faire de Planet X, « Alien Hip Hop » risque fort de devenir un canon d’un genre que les Américains ont contribué à créer : groove imparable, cassures abruptes, partie centrale lyrique voire symphonique, ce morceau d’une étonnante fluidité est sans doute le plus original d’un album plutôt homogène par ailleurs.

L’album pourrait tourner autour de Derek Sherinian, mais il n’en est rien : la production ne discrimine aucun instrument et conviendra tout autant aux accros de la section rythmique qu’aux amateurs de soli exubérants. Cette absence de mainmise de la part d’un instrument rend l’écoute de Quantum infiniment moins pénible que s’il s’agissait d’un de ces groupes au service d’un virtuose mégalomane.

Quantum, c’est l’illustration de l’adjectif « classieux ». Sans bouleverser la donne, il se contente de démontrer la suprématie de Planet X dans son registre. Les nombreux prétendants au trône devront faire preuve de beaucoup d’ingéniosité et d’originalité pour espérer voler la vedette à Sherinian & Co.