Sabo - 8 saisons à l’ombre

27/05/2007

Par Mathieu Carré

Label: RuminanCe

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Sabo avait dans un premier temps pour projet de revisiter les airs latins pour en donner une lecture plus actuelle. Ambition surprenante pour cette formation mise sur pied par d’ex-membres des groupes Sloy (Armand Gonzales et Virgine Peitavi) et Drive Blind (Rémi Saboul), qui gravitaient dans une mouvance noisy-rock. Du projet initial reste le nom (sabo = bossa) et…..absolument rien d’autre. 8 saisons à l’ombre est un album bien loin des déhanchements chaloupés du Brésil. En effet, mis à part lors de « Retour vers le Sud » et « Mer plate » qui syncopent gentiment, les poncifs de la nouvelle scène française s’ imposent sans détour : rythmiques carrées, guitare acoustique en avant et mélodies évidentes.

Le plus de cet album, ce sont les interventions de guitare juste saturées ce qu’il faut et d’orgue Wurlitzer, naïves à souhait, qui réussissent à donner souvent une petite ambiance « tarentinesque » à la musique : couleurs délavées, milk-shake et braquages foirés en toile de fond (« Fatigue à Paris », « 260 jours de vent », « Requiem pour un gangster imaginaire  »). Les compositions souvent simplistes y trouvent alors une valeur ajoutée intéressante. Mais jouer avec cette ingéniosité implique également le risque d’y succomber, et, souvent sur la corde raide, Sabo finit régulièrement par tomber dans une fade facilité. L’ autre point faible, qui n’engage évidemment que le rédacteur de cet article, tient à la fois à la voix très maniérée et crâneuse d’Armand Gonzales et aux paroles qui vont de pair. Volontiers inutilement grossières (J’ai fait un rêve crade…. J’ai raqué comme un cinglé… J’ai vendu ma peau à cette bande de salauds… Je collecte toutes vos merdes… ), on en vient presque à regretter de les comprendre ce qui est quand même un comble pour un groupe qui a le courage de chanter en français…

Parmi ces douze pistes directes se retrouvent aussi trois instrumentaux très (trop ?) inspirés d’Ennio Morricone. Sifflements, guitare décharnée, mais aussi une bonne dose de monotonie et quelques passages à l’orgue peu inspirés se mélangent et on oublie vite Charles Bronson pour s’imaginer plutôt dans un film des Charlots lors d’une virée en R 12 Gordini (« La ultima volta ») ou à la fin d’un mauvais épisode de Magnum (« Le train du dimanche soir  »).

Paradoxalement, au final, on ne peut pas reprocher grand chose à ces douze chansons très bien ficelées, entre Kaolin, Western Panzani et Mickey 3D, gorgées d’une cohérence indéniable bienvenue et pourvue de possibles tubes (« Amie, amie »). Le message est clair, net et précis, mais laisse malheureusement souvent de marbre. Espérons pour Sabo qu’ils pourront néanmoins trouver un public plus à même de les apprécier que le pauvre chroniqueur qui au moment de finir son texte se laisse finalement tendrement bercer par l’ultime berceuse glauque « Rétrospective d’une vie » de cet album qui, malgré son titre, a sans doute le tort de préférer un peu trop le soleil à l’ombre.