Shades Of Dawn - From Dusk Till Dawn

23/05/2007

Par Christophe Gigon

Label: Musea

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Cela devait malheureusement bien arriver un jour ! Quelle position inconfortable que celle de chroniquer un mauvais disque ! Passage obligé mais tant redouté. Désolé, mais même avec la meilleure volonté du monde, prétendre dénicher quelque argument en faveur de l’album des Teutons de Shades of Dawn s’avère être une vaine gageure…

Restons-en donc, pour commencer, aux faits afin d’éviter de froisser toute susceptibilité. Shades of Dawn est une formation de rock progressif germanique fortement inspirée par les ténors du genre que sont Camel, Pink Floyd, Yes et Genesis. Eloy, groupe allemand également, semble avoir accouché d’un rejeton sur le berceau duquel les fées progressives n’ont pas hésité à passer fissa leur chemin… Mais restons dans l’exercice du texte informatif avant de verser dans l’argumentatif. C’est le deuxième album de ce groupe même s’il serait plus opportun de parler de compilation. En effet, ce CD est une collection de titres, anciens et nouveaux, de démos retravaillées et de chansons oubliées dont on ne comprend toujours pas pourquoi on est allé les repêcher !

Musea, la maison de disques de Shades of Dawn, habituellement pointue dans le choix des poulains habitant sa grande écurie, a cette fois fait montre d’une désinvolture de mauvais aloi. En effet, selon les dires de celle-ci, Shades of Dawn serait une formation progressive dont la finesse des arrangements n’aurait d’égal que la sophistication de la musique. La présentation y est si dithyrambique que le quidam internaute penserait avoir derechef déniché la perle rare : le nouveau Marillion ? Que nenni amis mélomanes ! Nous sommes hélas bien loin du compte : claviers datés, voix fausse et horripilante, soli de guitare étonnants de médiocrité, batteur pataud qui semble avoir appris à manier les baguettes chez Mick Pointer (Arena, ex-Marillion), bassiste qui ne s’étonne pas qu’on ne l’ait même pas branché afin de l’enregistrer et, non pas cerise sur le gâteau, mais saucisse de veau sur la choucroute, si on me passe cet aphorisme de mauvais goût (à l’image du disque que je dois chroniquer), paroles d’une naïveté confondante que ne renieraient ni Elton John, ni Céline Dion. Peut-être que Phil Collins les reprendra à son compte pour son prochain album…

Que dire pour sauver l’équipage des Ombres de l’aube du naufrage ou pis, d’une chute infinie dans les ténèbres de l’anonymat ? Que tout amateur fou fondu des dinosaures progressifs cités plus haut et qui ne serait exigeant, ni sur l’originalité, ni sur la qualité de la musique proposée (tant qu’elle est progressive), pourrait se risquer à se porter acquéreur de l’objet. On peut néanmoins espérer que l’album de Shades of Dawn puisse servir de bouche-trou entre deux autres disques ou pendant que l’on fait le repassage. (Attention de ne pas se brûler tout de même, annihilé que l’on est par l’inertie de cette musique indigeste en diable). Ce groupe n’est ni original ni agréable à écouter. Mais cette formation va plus loin, elle ne se contente pas de proposer la musique la moins originale du monde progressif mais en plus, elle se permet le luxe incroyable de mal l’interpréter ! Et le chanteur, j’en ai encore des sueurs froides…

Finalement, peut-être que les musiciens de Shades of Dawn ont vocation d’humoristes ! Ils n’existent que pour prouver que le monde progressif porte à rire et que l’on a bien raison de fustiger ce style dans la plupart des médias. Quand on pense qu’une grande majorité des journalistes français et anglais crachent sur Marillion et Ange à longueur d’année, que feraient-ils si on leur envoyait une galette aussi plate que celle qui tourne en ce moment sur ma platine dont la lentille de lecture est, du reste, en train de vivre des moments difficiles ?

NB : C’est à cause de tels groupes que le monde progressif a été si souvent victime de l’opprobre médiatique. A oublier.