L'ocelle mare - -

12/05/2007

Par Aleksandr Lézy

Label: RuminanCe

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L’Ocelle Mare est le projet du guitariste de feu ce duo déjanté bordelais Cheval de Frise. Une seule personne : Thomas Bonvalet face à son instrument, c’est ce que nous réserve ce disque a priori très personnel.

Un livret avec deux photos, pas de titre, pas de textes ni de crédits, si on ne savait pas qui joue, on ne serait pas plus avancé. Seize pistes pour vingt-quatre minutes, serait-ce là un disque de grind survitaminé ? Absolument pas ! Thomas Bonvalet, excellent guitariste, n’est pas excellent dans le sens d’un Steve Vaï, il est excellent dans la manière qu’il a de triturer sa guitare dans tous les sens, de lui donner une couleur et une essence qui sont a priori loin des aspirations communes aux guitaristes.

Il en résulte ici un travail de recherches poussées autour de l’instrument, avec la facilité de produire plusieurs sons en plus du simple gratouillis de cordes. Les polyrythmies s’enchevêtrent à coups de mains sur la caisse tout en jouant sur des accords riches ou arpèges étirés. Et le fait que chaque morceau ou séquence soit joué dans un cadre différent procure à l’acoustique une charge émotionnelle différente à chaque fois.
Il faut se laisser porter par la chose sans essayer de l’analyser, car cette recherche relève du défi personnel et du plaisir qu’a le compositeur de déposséder de son âme l’instrument pour lui en insuffler une autre, celle de l’instrumentiste lui-même. Le résultat est aventureux, Thomas Bonvalet réussit avec quelques artifices naturels à rendre chaque morceau unique alors que l’ensemble est pourtant taillé dans le même bloc.

Au final, l’on pourrait se dire que l’album n’ayant ni nom, les pistes n’ayant pas de titre, la logique serait que L’Ocelle Mare n’ait pas de notes. La véritable raison est que ce projet est bien trop personnel pour pouvoir être jugé à mon sens. Ce travail doit être un objet de découverte pour les amateurs d’une nouvelle approche de la guitare. A écouter très fort pour ressentir tous les petits tapotis et autres subtilités.

Note de la rédaction: nous aurions avec plaisir accédé au desiderata de notre chroniqueur. Toutefois, il se révèle techniquement impossible de ne pas mettre de note à une chronique. Par acquis de conscience, nous avons mis une note qui essaie de correspondre avec la chronique, l’important pour nos lecteurs étant le texte lui-même.