Dornfall - Précieux Secret

09/05/2007

Par Dan Tordjman

Label: Chrysopée

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A toi qui croyais que le métal progressif made in France indépendant se limitait aux noms d’Innerchaos, Aching Beauty ou Conscience, nous annonçons l’arrivée de Dornfall, un nouveau venu qui risque fort de faire parler de lui en des termes élogieux.

Il convient cependant de te préciser que Dornafall n’en est pas à son coup d’essai, un album éponyme a vu le jour il y a trois ans de cela. Le groupe jouait alors un heavy metal assez basique. Après avoir renouvelé les trois quarts de la formation, le quintette francilien nous dévoile aujourd’hui son Précieux Secret, aux antipodes de son premier essai.

La première chose qui va te frapper c’est cette énorme production « faite à la maison ». Quelle puissance n’est-ce pas ? Digne d’un Machine Head au top de sa forme ! Les guitares sont énormes la batterie puissante au possible. Tu voulais en prendre plein la tête, tu vas être servi. Quant à toi, oui toi, qui voulais potasser ta basse ou ta batterie, tu auras de l’exercice à foison car le maître grooveur Florian Gargaro et le bassiste Christopher Mouron te donnent, dès les premières secondes de « Bastet », un cours à la fois de technique et de feeling. Technique, pour la ligne de basse façon Rush/Primus et feeling pour la batterie à la fois très subtile et très violente. Si tu te sens plus une âme de poète, prends des cours de littérature française avec le barde Stéphane Molino dont le verbe est un mélange entre Meshuggah, Cradle of Filth et Mike Patton. La plume est sa tête, le chant ses jambes et le tout forme un acteur aux multiples facettes. Ah oui, il donne aussi des cours de théâtre sur « Vertige Insensé » et « 300 », véritable morceau guerrier qui n’aurait pas fait tache sur la bande son du film du même nom (ou même sur « God Of War, », clin d’œil aux fans du jeu vidéo) .

La paire de six-cordistes composée de Florian Sliwa et Fred Aarstad (démissionnaire depuis la sortie de l’album et remplacé par Sam Smith) conjugue aussi finesse et brutalité à l’image de l’enchaînement « Bastet »/ « Vertige Insensé » où l’influence de formations venant du côté obscur (Tool, A Perfect Circle, Pantera) côtoient des sonorités plus claires ou accessibles comme sur le premier single – imparable – du groupe « Sans Regret » où les éléments atmosphériques remplissent l’espace aérien de tes oreilles. Pointilleux, tu reprocheras peut-être un manque de claviers mais que viendraient-ils faire dans un espace déjà bien assombri et alourdi ?

A la lecture de ces lignes, tu dois te dire : de l’audace toujours de l’audace ! Tu ne crois pas si bien dire car entre tous ces morceaux d’un format « conventionnel » viennent se greffer trois pavés qui montrent un Dornfall à l’aise autant dans l’écriture de titres courts que des titres épiques, sur lesquels Stéphane Molino campe un personnage mi-ange mi-démon que l’on imagine rien qu’en fermant les yeux. Un petit conseil, cependant : ne tarde pas trop à les ouvrir, tes yeux, car les bacs à disques seront probablement bientôt vides. A proposer une telle musique, qui plus est dans la langue de Molière – exercice ô combien périlleux de nos jours tu le sais – il va sans dire que Dornfall prend des risques. C’est cette prise de risques que nous saluons ici en espérant qu’elle éveillera la curiosité qui jusque là dormait en toi.