Aviva - Rokus Tonalis

09/05/2007

Par Christophe Gigon

Label: Musea

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Amateurs et détracteurs de Emerson, Lake and Palmer, bienvenue ! Que vous soyez de fervents adeptes des claviers grandiloquents du trio mythique des années soixante-dix ou, au contraire, de farouches opposants à ce que le monde progressif a peut-être produit de plus effroyable, cette chronique devrait vous convaincre d’écouter ou tout au contraire de fuir ce groupe russe qui est en fait le projet d’un claviériste virtuose et multi-instrumentiste bien connu là-bas : Dmitri A. Loukanienko.

Afin de garder encore quelques secondes avec nous tous ceux qui seraient tentés de prendre leurs jambes à leur cou à la moindre mention de Emerson (ELP), Wakeman (Yes) ou Nolan (Arena), précisons d’emblée que ce musicien russe surdoué est assisté d’un guitariste et de quelques invités. Ici, point de concept fumeux nous contant, à grands renforts de claviers débridés, la folle épopée de lutins au pays des sapins géants mangeurs de princesses apeurées. On joue ici dans un tout autre registre. Celui inspiré par la musique classique slave des XIXème et XXème siècles. C’est une œuvre originale de musique symphonique riche en contrastes bien que peu accessible, il faut bien le reconnaître.

Le concept est inspiré de l’Apocalypse selon Saint-Jean et intègre des compositions polyphoniques de Paul Hindemith pour piano retravaillées dans une forme plus électrique. Le tout forme donc soixante-dix minutes de musique instrumentale aux frontières de plusieurs genres cousins : le rock progressif évidemment, la musique classique bien entendu mais aussi la bande originale de film ou encore la musique concrète. Beaucoup de climats différents, de montées en puissance suivies de moments de pleine quiétude et de quasi-silence concourent à faire de cette œuvre un voyage contrasté et chahuté. Une musique excessivement complexe à ne pas mettre entre toutes les oreilles ! On se situe ici, vous l’aurez deviné, très loin d’Enya ou de Vangelis !

Evidemment qu’un tel album pêche par trop de similitudes face à l’œuvre de qui vous savez. La musique d’Aviva souffre donc des mêmes défauts que celle d’ELP : flamboyance soûlante, démonstrations parfois stériles donnant la nausée, compositions baroques indigestes, contrastes si forts que le voyage ressemble davantage à une course à vélo sur terrain accidenté qu’à un voyage nautique sur grand voilier majestueux ! Il s’agit donc de choisir son camp. Nonobstant la qualité intrinsèque d’un tel disque, soit le contenu de celui-ci vous hérissera le poil au moins autant que ce qu’a pu produire ELP en son temps ou, tout au contraire, vous fera retrouver des terrains connus prometteurs d’infinies félicités.