Fromuz - Audio Diplomacy

29/04/2007

Par Jean-Philippe Haas

Label: 10t Records

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Fromuz… non, il ne s’agit pas d’une quelconque divinité nordique pas plus qu’une spécialité laitière de l’Est. Vous ne trouverez ce mot dans aucun dictionnaire, puisqu’il signifie « FROm UZbekistan ». Longtemps seul représentant du prog ouzbèque, le maître Mirjlovsky Ibecksclivaks a enfin suscité des vocations dans sa mère patrie (NdRéd. : voyons, est-ce bien sérieux ?). Ce nouveau groupe de Tashkent se lance à l’assaut du monde avec un Audio Diplomacy luxuriant.

Comme de nombreuses formations instrumentales actuelles, Fromuz mèle à son prog rock technique une bonne dose de jazz, de hard rock et – chose moins courante – de musique électronique. Le groupe se différencie donc par quelques spécificités. L’ « Intro » et « From Fromuz » illustrent bien les options choisies par les quatre musiciens. Bruitages, sonorités électroniques, percussions épileptiques, longs développements à la guitare ou aux claviers sur un mode généralement jazzy, parfois metal, aux ruptures fréquentes : telles sont les caractéristiques de la musique de Fromuz. Ajoutons à cela une propension à la digression et à l’improvisation, et le tour du propriétaire est bouclé.

Le recours à la musique électronique, à la limite de l’ambient parfois, est constant tout au long de l’album, tout en restant assez discret. C’est d’ailleurs l’une des seules originalités de Fromuz. En effet, ni la guitare ni les claviers, qui gardent tous deux un rôle central, ne font montre d’expérimentations tous azimuts. On pense à Return To Forever pour la virtuosité et les alternances guitare/claviers, à Brand X et parfois Liquid Tension Experiment.

Le foisonnement des claviers implique aussi malheureusement quelques défauts : certains sons, abusivement utilisés, finissent par en devenir insupportable. Ainsi, les deux premiers tiers de « Wax Inhabitants Town » sont assez éprouvants dans le genre, d’autant que la qualité d’ensemble de la production – très claire mais sans épaisseur – n’atteint pas les sommets des chaînes de montagnes ouzbèques. « Spare Wheel » est quant à lui très marqué eighties par ses soli de guitare et de claviers mais s’en sort bien mieux car plus varié. Par ailleurs, la seconde moitié de l’album – simple illusion due à la densité des premières compositions ? – semble moins inspirée et certains titres comme « Harry Heller Theater » traînent en longueur.

En bonus, l’acquéreur d’Audio Diplomacy n’aura droit à rien de moins qu’un DVD d’excellente facture contenant un concert enregistré au Youth Theater de Tashkent en avril 2005. Intitulé fort justement « Playing The Imitation », ce concert reprend l’intégralité des titres du CD. Deux autres morceaux viennent se joindre à la fête: « Remark #12 », interlude à la guitare acoustique et « Dual Ad Libitum », pièce atmosphérique entretenue par un échange entre percussions diverses et bruitages électroniques. Les versions live sont extrêmement proches de leurs homologues studio, à tel point qu’on peut se demander s’il s’agit vraiment de versions studio… ou s’il s’agit vraiment de versions live ! Peu importe, à vrai dire, la dextérité et la précision dans l’exécution ne fait aucun doute et le confort visuel proposé par le DVD (des musiciens contents de jouer, de nombreuses caméras et surtout aucun effet esthétisant dont abusent certains groupes) vaut très largement le détour.

Fromuz démarre sa carrière sur les chapeaux de roues avec un disque très riche et d’une insolente virtuosité. Malheureusement, dans ce registre, la concurrence est rude : les Ouzbèques devront faire preuve d’une inventivité plus maîtrisée et mieux produite pour espérer se démarquer.