Gjallarhorn - Rimfaxe

29/04/2007

Par Jean-Philippe Haas

Label: Westpark Music

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Depuis maintenant une dizaine d’années, les Finlandais de Gjallarhorn revisitent la notion de world music par une approche à la fois traditionnelle et innovatrice. Après Ranarop (1997), Sjofn (2000) et Grimborg (Coup de cœur de l’Académie Charles Cros en 2003 dans la catégorie « Musiques du monde »), voici Rimfaxe, qui vient poser une nouvelle pierre à un édifice musical déjà bien solide.

Seule rescapée de la formation initiale, la chanteuse-violoniste Jenny Wilhelms s’entoure sur Rimfaxe d’Adrian Jones aux instruments à cordes (violon, mandola), de Petter Berdnallen aux percussions et Göran Månsson aux flûtes et au… « sub contrabass recorder » (sic), étrange instrument baroque à vent évoquant un basson géant. La voix de Jenny se situe assez loin des clichés folk/new age habituels. Très expressive, elle peut atteindre des sonorités tout à fait étonnantes dans les aigus.

Rimfaxe, du nom d’un cheval de la mythologie nordique, traite de thèmes scandinaves traditionnels tout en proposant des accompagnements qui le sont beaucoup moins. Sur des paroles chantées en finnois ou en suédois (le groupe est issu d’une enclave suédoise de la Finlande), Gjallarhorn pose sa musique mêlant ballades médiévales et excursions dans des territoires sonores vierges, et fait ainsi exploser les canons de la world music en explorant des contrées qui s’étendent bien au-delà du folklore local. On retrouve bien entendu des influences nordiques, mais aussi orientales, irlandaises. Des chansons très dépouillées côtoient des compositions d’une grande richesse instrumentale. Tantôt contemplative, tantôt dynamique, la musique de Gjallarhorn génère des images moyenâgeuses de paysages déserts ou fleuris, glacés ou chaleureux dans lesquels évoluent personnages divins ou terrestres.

Le côté innovateur de Rimfaxe est appuyé par quelques originalités : diversité des instruments, passages orchestraux, rythmes inhabituels dans le genre (écoutez donc le groove de « Kokkovirsi » ou celui de « Ivall »). Mixé par Bruce Swedien, connu pour sa contribution aux albums de Mickael Jackson, ce disque dispose en outre d’une production extrêmement limpide où toute cette diversité peut s’exprimer sans qu’un instrument en étouffe un autre.

Avec ce nouvel album, Gjallarhorn se démarque un peu plus encore dans l’univers de la world music. Mêlant tradition et innovation, Rimfaxe prouve que le genre, loin d’être figé dans une juxtaposition de folklores, peut porter sa dénomination avec fierté.