Art Zoyd - Le Champ des Larmes

22/04/2007

Par Aleksandr Lézy

Label: In-Possible Records / Orkhestra

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Art Zoyd a souvent été associé de près ou de loin à la zeuhl, au free-rock, au RIO, etc … Art Zoyd est en fait depuis 1969 tout simplement le précurseur des musiques nouvelles alliant les instruments à l’électronique dans une recherche de sonorités perpétuelle. Toutes ces recherches menées principalement sous la houlette de Gérard Hourbette poussent la musique à trouver sa place parmi d’autres formes artistiques. L’image, le théâtre s’associent donc à la musique parfois inclassable comme dans le cinéma muet de Nosferatu, Häxan ou bien Metropolis. Art Zoyd fait de sa musique des spectacles vivants avec lumière, vidéo, gestuelles, instrumentarium décalé, en bref une formidable aventure interactive avec le public.

Le champ des larmesest le dernier album en date de cette formation de Valenciennes. S’inspirant de la mythologie grecque, Gérard Hourbette, principal compositeur accompagné de Kasper Toeplitz et Dominik Barbier à la vidéo ont créé cet oratorio électronique. Il s’agit ici d’un spectacle multimédia où quatre musiciens fonctionnant par couple associent claviers et percussions. On y retrouve Yukari Bertocchi-Hamada au clavier, capteurs et kaoss-pads ainsi que Patricia Dallio, Daniel Koskowitz aux percussions, pads et kaoss-pads tout comme son miroir Jérôme Soudan. Lors de la prestation, des séquences vidé, des textes et des voix ont été intégrés au projet donnant aux quatre musiciens positionnés aux quatre coins de la salle autour du public un aspect visuel déconcertant, et ayant de plus un rapport direct avec le sujet de l’oratorio.

L’expérience du disque pour ce genre de spectacle est toujours délicate dans la mesure où la simple musique ne se suffit pas toujours. Ici, l’œuvre est beaucoup trop abstraite pour laisser échapper quelque chose de matériellement convaincant. En effet, si l’on se base sur ce que l’on entend, il en ressort bien évident un travail très respectable de mise en espace de sons électroniques, métaphoriquement proches d’éléments comme le vent, et surtout l’eau, leitmotiv de cette œuvre … mais ces sons ne sont, pour Le champ des larmes, qu’un apparat qui ne peut se suffire à lui-même. La projection d’images étant ici essentielle, le résultat ne fonctionne que par instants vraiment trop courts pour pouvoir en profiter pleinement. Les œuvres récentes et notamment Ubique avait nettement plus convaincu par son aspect démesuré (50 musiciens) et par sa recherche arythmique et obsessionnelle de l’extension et de la rétraction du temps musical.

Nul doute qu’inséré dans une forme comme le spectacle, la bande son de Le champ des larmes doit prendre toute sa dimension. Malheureusement ici, dans cette configuration, l’auditeur face à sa chaîne hi-fi, le rendu ne fait mouche. Trop proche ici d’une recherche physique que d’une approche musicale pure.