Atoll - L'Océan (rééd.)

18/04/2007

Par Jérôme Walczak

Label: Musea

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C’est à un petit voyage dans le temps que nous convie Musea avec la réédition de l’Océan, album paru dans un quasi-anonymat lors de sa sortie officielle en 1989. Rappelons brièvement qui était Atoll, pour les plus jeunes : ce groupe fut l’un des hérauts de la vague progressive française dans les années 70, en même temps que Ange, Mona Lisa ou Magma, mais contrairement à ses illustres contemporains, il n’a pas vraiment cherché à créer une spécificité française, avec le lyrisme et la poésie d’un Ange ou la cosmogonie toute particulière de Magma…

Atoll, si on devait le rapprocher de quelque chose de plus connu, ce serait sans doute de Yes, période 90125 et Big Generator ; on pense aussi à Cairo, Arrakeen et tout ce son pop rock bon marché et vite écouté des années 80. On retrouve une bonne bouffée de joie et d’optimisme dans ce disque, des airs entraînants (« L’Océan », « Un soleil caché ») et des moments plus baroques, qui ont malheureusement affreusement… Non, pas affreusement, épouvantablement, vieilli : « Sahara, part I », par exemple, aux sons hispanisants, ne serait pas si mal : on n’est en effet pas très loin des concerto d’Aranjuez de Rodrigo, mais à cette jolie petite guitare s’ajoute, époque oblige, une dégoulinure de « claviers Bontempi » caractéristiques de l’époque qui décidément n’auront rien apporté d’extraordinaire au genre progressif… On passe de Rodrigo à Rondo Veneziano, la transition est violente. Nos petites oreilles crient misère en redécouvrant des mélodies et des productions qu’elles cherchaient à éviter à tout prix, toutes traumatisées qu’elles étaient par les années 80.

Il est assez émouvant de se replonger dans ces sonorités, ces voix, qui lorsque nous étions plus jeunes, nous semblaient être le summum de l’underground. La voix de Raoul Leininger a elle aussi pas mal vieilli : elle est puissante, mais trop métallique, sans réelles émotions. Ce disque d’Atoll fait un peu penser aux morceaux qu’on trouvait à la fin des plateaux de Juke Box et qu’on écoutait au bistrot le dimanche après-midi en attendant 7 sur 7. Il y a un peu de « Capitaine abandonné » dans ce disque, mais c’est sans doute lié au contexte. Certains morceaux sont vraiment risibles : « Encore vivre libre », par exemple, avec son petit côté Jean Pierre François sous acides…

Trois morceaux en bonus viennent agrémenter cette réédition : « Try not to worry », par exemple… Oui, bon, on essaie de ne pas trop s’inquiéter… Et deux titres live enregistrés au Japon en 1989 : très honnêtement, ils n’apportent pas grand chose de plus à l’album, mais l’amateur collectionneur aura sans doute envie d’y jeter une oreille assidue.

Il y a quelques bons morceaux dans ce disque, surtout les instrumentaux, assez puissants et finalement précurseurs de ce que nos petits jeunes d’aujourd’hui sont susceptibles de nous fournir : ainsi, on ne peut pas ne pas penser à Némo en écoutant l’introduction de « L’hymne à Laïah », en faisant toutefois abstraction du clavier surabondant et des choeurs qui arrivent alors qu’on ne leur avait rien demandé. « Lune Noire », un instrumental assez court, vient nous rappeler que ce que font certains groupes français aujourd’hui n’est pas très neuf non plus.

Tout cela pour dire quoi finalement ? Eh bien ce disque d’Atoll n’apporte rien de neuf, et pour cause, il est vieux. Musea l’a sans doute réédité dans l’espoir d’en faire un classique. A titre personnel, nous vous conseillons de le faire écouter à vos petits enfants en leur expliquant : « quelle chance tu as d’avoir un papy qui te fait écouter Marillion ou IQ, parce qu’à la même époque, on pouvait entendre ça. » Atoll favorise le rapprochement intergénérationnel, un bon point pour eux.