Machine Head - The Blackening

18/04/2007

Par Djul

Label: Roadrunner Records

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Un album avec un squelette en pochette en chronique sur Progressia ? A fortiori par un groupe de thrash nommé Machine Head ? Les temps changent… ! Il faut pourtant se souvenir du battage médiatique qui entourait le groupe lors de la sortie de son premier album, Burn My Eyes. Démocratisant le power metal sur lequel Pantera avait alors un monopole, Machine Head avait à lui tout seul relancé un genre, le thrash, à grands coups de rythmiques terrassantes et de double grosse caisse trépidante. La fièvre était pourtant vite retombée, et on ne se doutait pas que le groupe pouvait encore apporter quelque chose à un genre, le metal, qui tombait lui aussi en désuétude au fil de la décennie 90. Jusqu’à ce que, tout comme en 1994, la rumeur bruisse à nouveau à son sujet. On commençait à parler d’un album plus complexe et ambitieux, puis carrément d’un Master of Puppets bis (qualificatif sur lequel on reviendra plus bas, et alimenté par la reprise de « Battery », en bonus sur la version commercialisée du disque). Probablement motivé par l’accueil plutôt chaleureux de son précédent disque (Through the Ashes of Empires) et surtout le retour à la mode de son style de prédilection (qui a parlé de Trivium ?!), Robb Flynn s’est retroussé les manches pour relancer sa carrière. Et il y est arrivé.

Morceaux (très) longs, allant jusqu’à la dizaine de minutes, à tiroirs, dotés d’une redoutable technique, difficile de ne pas admettre que Machine Head s’est transformé en « machine à riffer ». « Clenching The Fists of Dissent » ou son pendant « Aesthetics of Hate » risquent de renvoyer bon nombre d’apprentis thrasheurs à leurs études… . Mais au-delà de cette agressivité convenue pour le groupe, Flynn sait aussi nous rappeler qu’il est plus fin chanteur et mélodiste qu’on ne croit : un titre comme « Now I Lay Thee Down », avec un superbe chant clair en témoigne. Ce morceau, l’un des plus courts de l’album, est d’ailleurs représentatif de l’effort du groupe pour synthétiser les courants d’un genre, le metal : départ sur des bases mélodiques et torturées à la Deftones ou Tool, puis dérive vers une musique plus technique digne de l’école suédoise. Autre morceau de choix, le long « Halo », probablement la composition la plus progressive de Machine Head, avec une vraie prise de risque sur le chant clair, poussé à l’extrême, et des enluminures guitaristiques permanentes qui donnent un cachet singulier. Phil Demmel et Flynn s’en donnent à cœur joie, sur des soli parfois aussi mélodiques que du Maiden des grands jours, ou sur des rythmiques thrash typées Machine Head (avec ce rip suraigu si caractéristique). On notera tout de même les deux titres plus convenus et moins innovants qui l’entourent, et qui cassent un peu la qualité d’ensemble du disque par leur aspect « brut de décoffrage ».

Pour le son, Colin Richardson est à nouveau derrière les manettes. Il est amusant de noter que dans la biographie envoyée à la presse, ce dernier est référencé pour des groupes comme Bullet for My Valentine ou Funeral for a Friend, alors qu’un « vieil » amateur se souviendra plutôt de ses productions en béton armé pour Fear Factory, Carcass, ou Sepultura… . L’important reste que l’anglais est toujours aussi habile à saisir les « subtilités » de chaque groupe pour en faire ressortir toute la puissance (un torréfacteur bien connu résumerait par « Colin sait faire du bon metal »).

Dire de ce disque qu’il est le Master of Puppets des californiens n’est probablement pas exact : il n’en a ni la constance ni la majesté. On peut cependant plus aisément le rapprocher d’un And Justice for All : un album rêche, complexe, aux titres parfois artificiellement longs à force d’empiler les riffs. Mais aussi un album sincère et empli de rage. « En reconquête », voilà l’état d’esprit dans lequel ce disque a dû être composé. Et s’il manque peut-être un petit peu de mélodies mémorisables pour hisser The Blackening au niveau de Burn My Eyes, Machine Head vient tout de même de lancer un mur de briques dans la mare où pataugent trop de canards conformistes. Et rien que pour cela, on ne pouvait passer sous silence cet album !