Shaolin Death Squad - Intelligent Design

21/03/2007

Par Jean-Philippe Haas

Label: Autoproduction

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Eplucher les influences de Shaolin Death Squad n’est pas très pertinent pour se faire une idée du contenu de ce disque. En effet, la juxtaposition de Bouddha, de Confucius avec Dillinger Escape Plan ou Michael Jackson, la présence dans la même liste de Dimmu Borgir et de Genesis, de Pink Floyd et de Slayer… tout cela est à même de dissuader voire d’effrayer le quidam en quête d’émotions musicales. Et pourtant, ignorer Intelligent Design relève de la plus gravissime des erreurs, voire du crime de lèse-musique !

Avant d’écrire des mots qui feront fuir, il convient de savoir que Shaolin Death Squad dispose d’un atout majeur, celui de ne jamais perdre de vue la mélodie, et c’est peut-être ce qui différencie ce groupe de ses modèles que sont Mike Patton et Sleepytime Gorilla Museum… ça y est, les mots sont lâchés, moins de diplomatie s’impose désormais : les américains font dans le métal, avec grosses guitares et grognements, parfois. Mais l’ensemble reste incroyablement original, grâce à une étonnante diversité et ce souci constant de charmer l’oreille. En effet, même lorsque le chant se fait caverneux, la mélodie n’est pas loin, sous-jacente ou prête à voler au secours de nos pauvres tympans juste après une bonne rafale de plomb, comme l’illustre par exemple « A Terrible Way to Use a Sword ». A l’inverse, lorsqu’on se sent envahi par la torpeur bienfaisante d’une douce mélopée, d’une ligne de chant propre sur elle, le coup de sang guette, à quelques pas de là (« Fall, Rise, Laugh…Fall »). En somme, Shaolin Death Squad ne propose aucun titre à la fatigante linéarité. La surprise est l’ingrédient principal d’Intelligent Design et « Choreographer of Fate » sa parfaite illustration : le morceau est à la fois théâtral, mélodique, sauvage, bourré d’humour et incongru. Confondant de maturité et de personnalité après seulement un premier EP en 2004, Intelligent Design n’attire en outre que peu de reproches. Une référence parfois trop appuyée à ses modèles (Sleepytime Gorilla Museum sur « Catastrophic Obedience »), une production brouillonne sur certains passages furieux, voilà tout.

Shaolin Death Squad échappe à toute tentative de classification, ce qui n’empêche pas sa musique d’être hautement accessible au premier venu, sous réserve qu’il ne fuie pas devant une grosse voix ou une guitare énervée. Intelligent Design, un remède à la musique prévisible, bien cadrée, pépère.