Alias Eye - In Focus

08/03/2007

Par Christophe Gigon

Label: QuiXote-Music

Site:

Alias Eye est un groupe allemand régulièrement cité dans l’excellent magazine germanique Eclipsed (Art Progressive Psychedelic Classic Hard Rock magazine). Ce groupe n’est donc pas totalement inconnu bien que très jeune. En effet, leur premier album, Field of Names date de 2001. Seule une démo, Beyond the Mirror, en 2000, avait fait parler d’eux. C’est en 2003 que sort A different Point of You et en début de cette nouvelle année 2007 que sort le déjà troisième véritable album, In Focus, objet de cette chronique.
Saga, Sylvan ou encore Queensrÿche semblent être des références incontournables pour Alias Eye même si le groupe se donne parfois de faux airs d’Asia ou d’Arena. Rien de bien excitant pour l’amateur de sensations fortes, direz-vous. Et force est d’avouer que ce disque, parfaitement produit, ne procure que peu d’émotions. Et Alias Eye semble se complaire dans cette musique consensuelle.

Dans ce style, Sylvan s’en sort mieux. (par exemple l’excellent Posthumous Silence sorti l’année passée). Quand le disque est terminé, que reste-t-il comme image mentale dans la tête de l’audiophile « progophile » ? Rien, le disque est passé comme chat sur braise, comme s’il ne voulait pas déranger… Et c’est vrai qu’il ne dérange pas : aucun passage torturé apte à sortir l’auditeur de son état amorphe, aucun solo « qui déchire », pas de climat planant attirant l’amateur vers d’autres rives (comme savent les créer Blackfield, Anathema ou Pure Reason Revolution par exemple), une voix sans relief (oscillant entre Michael Sadler et le chanteur de Creed) et des musiciens qui assurent comme des professionnels de studio (avec tout ce que ça implique comme souci d’abnégation).

Difficile de dire si cet album est une redite des précédents, car ceux-ci sont inconnus à votre serviteur. Il est vrai que ce groupe a été souvent cité dans le journal mentionné en début de cette chronique et bénéficiait donc d’un a priori positif. En plus, ce qui ne gâche rien, leurs graphismes de pochette ont toujours été originaux et de fort belle facture Il est donc bien dommage d’admettre que, finalement, l’existence de tels groupes apparaît donc comme un épiphénomène. C’est-à-dire qu’il accompagne d’autres phénomènes plus importants, n’est en rien nuisible mais n’en est pas moins parfaitement inutile. Dur constat, n’est-il pas ? Toutefois, un groupe doit-il faire progresser (dans le sens étymologique du terme, c’est-à-dire, regarder vers l’avant) l’histoire de la musique pour être digne d’intérêt ? Non, pas forcément. Mais il faut au moins que, à défaut d’originalité, il y ait l’émotion. La technique et la maîtrise d’un style, fut-il aussi complexe que l’est le rock progressif est une condition nécessaire mais en rien suffisante. Il en découle donc qu’Alias Eye est bien épiphénoménal, tant dans sa démarche que dans son propos. Que les amateurs de rengaines pop-rock hardo-progressives ne boudent cependant pas leur plaisir car une critique reste une critique, c’est-à-dire une vision partiellement objective, somme des subjectivités de toute une vie musicale.