T - Voices

08/03/2007

Par Christophe Gigon

Label: Galileo Records

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T, c’est Thomas Thielen, un trentenaire qui vit à Hanovre en Allemagne. Voices est son second album après Naive en 2001. T est polyvalent. Sur son dernier disque il est crédité en tant que multi-instrumentiste, parolier, chanteur, ingénieur du son et producteur. Le tout créé et mis en boîte à Black Box studios, son séjour en fait. Voices représente donc le dernier bébé musical de T. Seul maître à bord, Thomas Thielen reste seul responsable du produit final, depuis le concept sous-tendant l’album au choix de l’illustration de pochette.
La gestation de l’album fut longue, presque quatre ans. C’est un album conceptuel à la structure complexe qui pourrait faire penser à Brave de Marillion, ou au dernier Peter Gabriel.

Certes, le disque sait créer des climats et des ambiances que ne renieraient pas les deux références susnommées mais Voices ne parvient jamais vraiment à faire sortir l’auditeur de la torpeur ouatée dans laquelle il est confiné depuis l’ouverture de la pièce musicale d’entrée.

Un album « mou » et consensuel qui éprouve bien des difficultés à véritablement captiver. La voix monocorde de Thomas Thielen se situe à mille lieux des timbres personnels et typés de Steve Hogarth ou de Peter Gabriel, déjà cité. L’organe vocal de T assure le minimum syndical. Jamais pris en flagrant délit de délicatesse tonale ni de voix de tête intempestive, le chant est ordinaire, pour ne pas dire banal. Peter Nicholls, de IQ, chante parfois avec un sens de la justesse qui n’appartient qu’à lui mais il possède une voix particulière, charmante et charismatique. Un timbre identifiable qu’on n’oublie pas. La façon de chanter passe-partout et interchangeable de T (sans oublier cet affreux tic de production hérité de Steven Wilson, la fameuse « voix de téléphone ») ajoute à l’aspect monotone de l’ensemble.

Certes, T est seul. Et il « fait » tout ! Et peu seraient capables d’un tel exploit même si Mike Oldfield et Neal Morse, tout en boxant dans une toute autre catégorie, sont coutumiers du fait. Il est donc légitime de saluer le talent polymorphe et remarquable de ce musicien solitaire. Il est vrai que le rédacteur, en lisant la notice biographique de ce personnage, est ipso facto pris d’empathie. Une telle volonté musicale mêlée à une maîtrise sans failles des instruments, des techniques d’enregistrement et de production ne laisse pas de marbre. Ce n’est pas l’envie qui manquait de donner un coup de pouce à une jeune pousse ! Hélas, Voices ne prend jamais vraiment « aux tripes ». Il se laisse écouter, sans plus. Peut-être atteint-on les limites de cette autarcie musicale relevée tout au long de cette chronique. Cet album est le fruit d’un travail solitaire et cela se ressent tout au long de l’album. Encore une fois, celui-ci n’est jamais désagréable, lourd ou faible. On est loin du travail d’amateur. Les ambiances musicales font souvent penser à Gazpacho, Anathema, Radiohead ou même Talk Talk. De bonnes références même si on se rend bien compte que le cocktail issu de tels fruits ne risquera pas d’être multivitaminé, d’où cette impression de léthargie chronique que développe l’œuvre de T.

Rien ne nous empêche d’attendre le troisième travail de Thomas afin de porter une autre appréciation sur cet artiste.