Arpia - Terramare

06/03/2007

Par Jérôme Walczak

Label: Lizard Records

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Le son d’Arpia est puissant, racé. En d’autres termes : mâle. En dépit de leur total inintérêt, les riffs de guitare sont nombreux et plantent un décor plus que monotone, une loi du genre dont on aura vite fait abstraction. L’évolution de ces riffs au cours des différents morceaux est de toute façon inexistante : « Bambina regina » ; « Diana » ; « Monsieur Verdoux » sont pratiquement des « copier-coller », mais c’est sans doute la norme dans le genre. La voix du chanteur Leonardo Bonnetti est franche et virile, quelques digressions vers le punk ne semblent pas lui faire peur : « Monsieur Verdoux », « contrasto delle villanella » n’ont ainsi rien à envier aux glorieuses heures de notre Bérurier Noir.
Ces quelques lignes pour dire qu’a priori, Terramare peut effrayer l’amateur d’un style progressif plus orthodoxe, en tous les cas moins énervé.

Et pourtant, le style ne fait pas tout et heureusement, parce que « sur le papier », Terramare pourrait être un disque tout simplement inaudible, sauf que… Sauf que nous avons affaire à de vrais et grands musiciens, qui ont certes leur petit caractère – on sent qu’il ne faut pas leur faire de guili – mais qui, sous leur carapace de fer, ont tout de même un petit cœur qui bat.

Première excellente idée : avoir fait appel à la voix de Paola Feraiorni, qui vient mettre un peu de douceur dans cet univers empreint de brutalité. Attention, la petite ne se laisse pas faire, elle en a, du répondant et n’hésite pas à donner puissamment de la voix dans des morceaux particulièrement accrocheurs : « Rosa », « Contrasto della villanella ». Systématiquement, elle intervient pour donner la réplique : le monsieur chante, elle chante, le monsieur crie, elle hurle, mais avec classe. Le tout est enveloppé dans une orchestration de fort bon aloi, car le chanteur sait jouer du clavier, et heureusement. Deuxième grande idée en effet, avoir mis de temps en temps le seul et unique accord de guitare au placard pour essayer d’autres instruments. Les claviers confèrent ainsi à Terramare une ambiance sombre, mélancolique, pratiquement méditative (« Piccolitta ») qui vient adoucir l’ensemble.

On ne peut laisser Terramare au bout d’une seule écoute, le disque est plus complexe qu’il n’en a l’air de prime abord. Si certains morceaux sont pratiquement dénués d’intérêt (« Monsieur Verdoux », entendu d’un demi million de fois ces dix dernières années), d’autres en revanche sont vraiment intéressants : « Diana », par exemple, qui mêle la puissance, l’emphase et un certain lyrisme. Quelques chœurs auraient d’ailleurs été les bienvenus sur ce morceau, histoire d’en rajouter tant et plus, mais on sent bien que les incursions baroques ne sont pas forcément du goût de nos transalpins. Il est en outre regrettable que ce morceau se termine un peu trop rapidement car sur la fin, l’auditeur forcément éclairé perçoit un début d’incursion vers des régions plus sombres, plus douces, plus mélancoliques ; il eût été heureux de poursuivre dans de telles sonorités, mais ce disque n’est définitivement pas pour les âmes méditatives, et cette brève tentative s’arrête très rapidement.

Ces morceaux plus sombres sont disséminés dans l’album et sont autant de moments de joie : « Mari » ou « Luminosa », par exemple. Ce dernier mêle avec bonheur un refrain très agréable, une progression tout en douceur et un final vraiment éblouissant. Il est dommage que les titres s’emboîtent aussi mal au cours de l’album, car on change sans arrêt de registre, c’est sans doute la conséquence des albums réalisés sur des périodes longues (ici près de deux ans) qui ont tendance à rendre l’ensemble hétérogène. Arpia est un bon disque, qui aurait mérité un peu plus de travail dans sa structure et dans ses enchaînements.