Wastefall - Self-Exile

17/02/2007

Par Julien Damotte

Label: Replica Records

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Si un fan de Pain Of Salvation vous a envoyé vous faire « voir chez les Grecs » après que vous lui ayez avoué votre déception concernant l’album Be , vous pouvez désormais lui rétorquer que c’est chose faite ! Les cinq protagonistes de Wastefall viennent en effet de Grèce et c’est un phénomène assez rare dans le metal progressif pour qu’il soit signalé.

Ces jeunes prodiges (la moyenne d’âge du groupe est de seulement 24 ans !) n’en sont pourtant pas à leur coup d’essai puisque Self-Exile est leur troisième album en quatre ans. Comparés dès leurs débuts aux suédois de Pain Of Salvation, ils s’efforcent néanmoins de proposer un metal progressif personnel, où riffs sauvages à la Pantera côtoient rythmiques presque funky (« The Muzzle Affection »), mélodies ultra-torturées et consonances greco-orientales (« Utopia Fragmented »).

S’ils n’ont jamais caché cette influence majeure, on est pourtant loin du simple plagiat. Self-Exile devrait d’ailleurs à la fois plaire aux fans et aux détracteurs des suédois, notamment au lot de déçus engendré par l’expérimental Be . Self-Exile rappelle plus le POS période The Perfect Element : Part I et Remedy Lane » avec des titres comme « Dance Of Descent » sans toutefois, il faut l’avouer, égaler ces deux pièces maîtresses. A conseiller aux nostalgiques de cette époque donc… mais aussi à ceux qui n’ont jamais réellement adhéré à la cause Pain Of Salvation chez qui il manque selon eux un soupçon d’agressivité. La musique de Wastefall est en effet un poil plus metal que celle de la bande à Gildenlöw.

Autre différence notable par rapport à leurs mentors et aux groupes de metal progressif en général, il n’y a presque pas de soli dans Self-Exile . Ce n’est d’ailleurs pas une mauvaise chose, si l’on se fie aux brèves envolées de notes çà et là (« Utopia Fragmented », « Another Empty Haven » ou « The Muzzle Affection ») qui semblent avoir été plus que bâclées. Le point fort de Wastefall n’est pas vraiment à chercher du côté des soli mais plutôt dans la voix pleine d’émotions de Domenik Papaemmanouil, très proche de celle de Daniel Gildenlöw, bien que légèrement plus rauque. Toute en nuances, elle est souvent suave et murmurée avant de s’envoler dans les suraigus, comme s’amuse à le faire sa référence suédoise. Malheureusement, Domenik n’égale pas toujours son maître et à trop vouloir en faire il fait parfois preuve d’une justesse discutable comme sur « Another Empty Haven » (morceau faisant référence à « Empty Haven » sur leur deuxième album Soulrain 21 ). Signalons enfin que, côté production, le groupe a franchi un (grand) pas en confiant le mixage et le mastering au fameux Tommy Hansen ayant travaillé entre autres pour Helloween et Jorn Lande. Le résultat est plus que probant puisque la musique des grecs n’a jamais été aussi bien mise en valeur.

Encensé à juste titre par la presse francophone depuis sa sortie, Self-Exile , a beau être un très bon album de metal progressif, il n’est pas exempt d’un certain nombres de lacunes ou erreurs de jeunesse. En gagnant en maturité, gageons que les grecs de Wastefall sauront affirmer leur identité propre et soigner quelques détails insignifiants pour certains mais rédhibitoires pour d’autres.