Aghora - Formless

11/02/2007

Par Jean-Philippe Haas

Label: Dobles Music

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Qui se souvient de cette demo sortie en 1995 par Portal, obscur projet de metal mort-né au chant féminin, issu des cendres du culte/légendaire/mythique Cynic ? Peu de monde assurément. Portal est pourtant la première émanation d’Aghora, puisque le groupe a abrité les ex-Cynic Sean Malone et Sean Reinert, ceux-ci ayant eux-mêmes contribué au très remarqué premier album éponyme d’Aghora en 1999. Mais le cerveau du groupe, c’est le guitariste Santiago Dobles, qui pratiqua son instrument avec Paul Masvidal (ex-Death et ex-…Cynic !). Sept ans après, il remet enfin le couvert.

Qu’on ne s’y trompe pas : « metal à chant féminin » ne signifie en aucun cas qu’Aghora évolue dans le même registre que Nightwish ou Evanescence. Musicalement, on n’est pas très loin de Cynic (évidemment), du Atheist d’Elements parfois, ou des ultimes albums de Death (Symbolic, Sound Of Perseverance), la débauche excessive de technique et de soli en moins. Aghora est ce qu’aurait dû être Portal : du metal virtuose et puissant, bourré d’influences – jazz, world music, prog-metal, … – sur lequel se pose un chant féminin, celui de la toute jeune (20 ans) et jolie Diana Serra qui remplace la vocaliste d’origine, Danishta Rivero. Mais là où cette dernière plaçait ses fulgurances aiguës de soprano, Diana propose une voix plus suave, moins typée. A tel point qu’au détour d’une hallucination auditive, Madonna pointe par moments le bout de ses cordes vocales.

« Formless » et « Garuda », respectivement plat de résistance du disque et court instrumental, résument presque à eux seuls le contenu de Formless : une alternance de passages planants, de cassures jazzy, de sonorités arabisantes et de riffs techniques et violents à déboiser dix hectares de baobabs. Voix suave et guitares à décorner les bœufs font-ils bon ménage ? « Atmas Heave » ou « Dime » et leur rouleau compresseur rythmique offrent un premier élément de réponse qui tendrait vers l’affirmative. Les lignes de chant les plus douces se posent sur des arpèges de guitare aériens, tandis qu’un chant plus carré est réservé aux passages heavy. La fusion opère encore bien mieux sur des titres au groove puissant comme « Moshka » ou « 1316 », plus adaptés aux couleurs orientales de la voix de Diana.

Si sur la distance, la formule peut lasser – la faute à la guitare, au chant, qui sonnent l’un et l’autre finalement un peu de la même façon tout au long de l’album – Formless reste un album impressionnant, original, à la production énorme. Néanmoins, il subsiste une incontournable interrogation : est-il possible pour Aghora de se renouveler suffisamment dans cette formule si étroite ? A constater dans… sept ans ?