Soysoy - Liquid

07/02/2007

Par Mathieu Carré

Label: LiMohe Music

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Soysoy, trio originaire de Belgique compose et interprète depuis 2002 une musique actuelle aux influences folkloriques variées, doucement fantastique, mais surtout fantastiquement influencée par Dead Can Dance. Dès les premières secondes, l’ombre du défunt duo se glisse en coulisses, la référence pourrait intimider mais il reste difficile d’en citer de plus stimulante.

Les harmonies et nappes de claviers inquiétantes, les vocalises aiguës de la chanteuse Seesayle qui officie également comme violoniste et guitariste et le chant plus ténébreux de Wiz se lient de façon satisfaisante. Le décor est planté, nous voilà dans une petite maisonnette au fond d’un marais sans âge. La sorcière qui y habite ne semble pas si méchante et autour d’elle, un univers crépusculaire tenant plus de Tolkien que de Lovecraft s’installe. On y découvre entre autres une boîte à musique usagée distillant une ritournelle nostalgique sur « Sintare sadio » pour un agréable retour en enfance et un air digne des messes dominicales sur « Home » qui s’ impose avec moins d’ évidence. Tout ceci se mélange avec de nombreuses influences traditionnelles, volontiers celtiques, par la mise en avant de motifs récurrents aux instruments à cordes, mais aussi parfois agréablement « balkanisantes » grâce à des harmonies rappelant les ensembles de voix bulgares.

Bien que ne possédant ni l’éclat des incantations de Sainte Lisa Gerrard (mais qui pourrait s’en enorgueillir ?) ni la profondeur du chant du paladin Brendan Perry ( « Hide and Seek  » notamment, souffre de la comparaison), les voix se révèlent néanmoins agréables, et quand par bonheur elles viennent à se conjuguer, on tend l’oreille du côté des Cocteau Twins pour retrouver des liens de parenté évidents et séduisants. Mais là où les jumeaux cosmiques engluaient avec génie leur propos mélancolique, Soysoy, n’hésite pas à se faire plus violent, brutalisant parfois d’une secousse électrique l’ensemble ou même se rapprochant avec insistance de la pop comme lors de « King of the World  » qui rappelle les heures glorieuses de A-Ha. Et l’on retrouvera alors avec surprise notre sorcière délaisser son antique barque pour lui préférer une embarcation à moteur toute neuve au moment d’aller chercher les ingrédients de ses secrètes mixtures. On pourra s’en agacer ou s’en satisfaire, mais les sorcières ne se doivent-elles pas également d’évoluer ?