Domenico Solazzo - + Friends - Multiply

03/02/2007

Par Christophe Manhès

Label: Autoproduction

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Si vous vous intéressez au rock progressif dans ce qu’il a de plus pointu et que le web est votre terrain de jeu, il y a des chances pour que vous le lisiez un jour. Sous son pseudo Progmonster, Domenico Solazzo est un oiseau insolite à la plume aguerrie qui a pondu des centaines de chroniques dont l’érudition dépasse largement l’univers du progressif.

En tant qu’artiste, on peut définir Domenico comme un non-musicien. Entendez cela dans le sens où Lewis Carroll employait cette ingénieuse négation pour tordre le cou aux conventions de son époque. Sa musique serait-elle pour autant de la non-musique et à ce point non-conventionnelle qu’elle en serait rebutante ?… Et bien non, bien au contraire, Multiply est une œuvre qui reste toujours accessible et mélodique même si elle possède des contours corrompus par des pulsions comme sorties de l’ombre. Si on peut la trouver aventureuse elle n’en est pas pour autant expérimentale. C’est l’émotion qui domine l’ensemble, souvent sensuel, énigmatique, nous rappelant ces rêves que nous faisons entre sommeil et veille, et dont on ne sait trop dire s’ils sont noirs ou lumineux.
Peu importe s’il est difficile d’affirmer que la matière qu’utilise l’album soit celle dont on fasse du rock progressif. On cherche en vain les plans virtuoses et les structures longues et alambiquées, exception faite peut-être de « La Distension des Parallèles » qui prend un malin plaisir à forcer les clichés prog, ou de « Fumette » aux effluves krautrock joliment rétros. Le style de Solazzo, c’est plutôt celui des inclassables, qui ne font ni bande à part ni bande avec mais simplement leur truc à eux.

Conçu de manière inédite, après un appel à contribution artistique sur un site web créé à cet effet (http://multiplyproject.blogspot.com/), Multiply est bâti autour de dix compositions aux saveurs forcément variées. La difficulté, le pari, c’était de donner une cohérence et une logique « solazzienne » à l’ensemble. Et c’est la bonne surprise de l’album : de la première plage, « The Call » — un peu longue —, à la dernière, « Those Were the Days » — parfaite quant à elle —, le flux créatif s’écoule sans saut stylistique incongru. Les titres passent, chacun avec son petit truc, celui qui fait la différence, qui intrigue et finalement séduit.
Si donc l’album a de belles qualités, il possède aussi quelques défauts qui en restreignent un peu la portée. Il lui manque avant tout un chant qui, quant il intervient, soit capable de dominer sans effort la matière dans laquelle malheureusement la voix de Domenico se laisse enfermer. Il lui manque également une production plus poussée qui aurait permis d’alléger par exemple le son trop « garage » de la batterie qui nous ramène, et c’est dommage, à la dure réalité des œuvres autoproduites qui mériteraient largement mieux.

En conclusion, s’il faut du temps bien sûr pour le domestiquer, Multiply est un bien bel album, qui peut fasciner, et sur lequel on revient souvent pour découvrir, ce qui est assez étonnant, qu’à chaque écoute le film est différent. C’est une rare et mystérieuse faculté, et pas la moindre de ses qualités.