For Absent Friends - Square One

31/01/2007

Par Jérôme Walczak

Label: Musea

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Square One est le huitième album des Hollandais de For Absent Friends. Inutile de faire languir plus longtemps : c’est un bon disque. D’un point de vue très objectif, il est bien construit, tout en justesse, sans trop de moments inutiles. Plus subjectivement, il réserve son lot d’émotions et de surprises qui font qu’on le rangera au plus près de son cœur, pour toujours, parce qu’en l’écoutant on passe un moment grand, émouvant. Mais ne soyons pas trop pressés et gardons le meilleur pour la fin…

Square One est un chemin, ou plutôt une construction quasi architecturale : imaginons un couloir, un tunnel, ou n’importe quel autre bâtiment long et propice à la promenade. Le visiteur sera amené à l’arpenter, graduellement, en étant préparé étape après étape pour le morceau suivant. Trois parties bien distinctes jalonnent ce trajet : un ensemble sombre et assez homogène, une séquence de repos d’un progressif plus qu’orthodoxe et un final lumineux. Seule fausse note dans cette pérégrination : l’inutile et bien nommé « Falling Asleep », « machin » a capella inodore et sans saveur. Hormis ce défaut, un constat : For Absent Friends connaît son public, aime sa musique et prend plaisir au partage, cela se sent dans des morceaux particulièrement attachants : « Wonder », par exemple, qui est finalement la pierre de touche de ce disque.

Toute la première partie de l’album, jusqu’à « Wonder » approximativement, est sombre, gentiment angoissante, et rappelle assez bien les saillies musclées de Fish sur Sunset of Empire (« Hello World », notamment, qui n’aurait absolument pas déparé sur un disque du géant écossais). L’effet d’étrangeté est amplifié par la voix du chanteur, Hans Van Lint qui, dans la première partie de l’album, nous rappelle presque Les Dougan, le chanteur d’Aragon. Certains titres, « Wonder » notamment, ne sont d’ailleurs pas sans rappeler l’étrange Mouse des Australiens…

Les deux titres purement prog de l’album, « Wonder » et « Berlin Wall », sont assez courts (moins de 15 minutes à eux deux) mais on y retrouve toutes les bonnes recettes : une mélodie attachante, des soli de piano mélancoliques, de grandes envolées de claviers (ça, d’accord, on aime ou on déteste…). Il est peut-être regrettable d’avoir affaire à des morceaux aussi courts mais on a le sentiment à leur écoute que le groupe s’est contenté d’exprimer ce qu’il avait à dire, sans nous perdre dans des fioritures techniques assez ennuyeuses. L’efficacité en musique peut avoir du bon. Elle est d’ailleurs renforcé par le très péchu « Us », ritournelle amoureuse qui certes n’a rien de prog mais qui est plus qu’agréable à écouter.

Bien évidemment, si ce disque a un mérite – et quel mérite, Dieu, quel mérite ! – c’est de nous offrir, comme un cadeau divin, une reprise du « Ballon de Billy » de Ange avec le grand Decamps lui-même à la voix. Le mélange entre le texte anglais et français est fabuleux, la magie opère immédiatement et lorsque la fin du tunnel est proche, on aura qu’un seul désir, y retourner.
Square One est un bon disque, beaucoup moins vain que les productions sophistico-ennuyeuses qu’on nous assène en ce moment, qui allie pédagogie, émotion et nostalgie. Amoureux d’Aragon, d’Ange, de Fish, vous ne serez pas déçus.