Jacques Thollot - Cinq Hops (rééd. 2006)

31/01/2007

Par Mathieu Carré

Label: Orkhestra International

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Poulenc, Debussy, jazz-rock, lyrique, inclassable, trop court. Les premières impressions se bousculent pour décrire cet étrange album datant de 1978, le quatrième du batteur Jacques Thollot. A ses côtés, la fine fleur du jazz hexagonal (Céléa, Couturier, Jeanneau et le regretté Michel Graillier), mais aussi la soprano américaine Elise Ross qui avec sa voix vient donner une touche classique et mystique à l’ensemble. Disque à la musique aussi étrange que ce titre n’évoquant rien de bien précis (à part peut-être un bataillon de supporters suisses encourageant Ferdi Kubler lors de la traversée alpine du Tour de France 1954), Cinq Hops séduit immédiatement.

En intriquant les influences les plus classiques avec des compositions louchant du coté du jazz-rock et en alternant les pièces très écrites avec des miniatures audacieuses telles que « Rush », « Seven » ou « Sur neuf temps » Jacques Thollot réussit un joli un tour de passe-passe : surprendre l’auditeur sans l’égarer. Quand il n’est pas derrière sa batterie, sa musique nous transporte au début d’un vingtième siècle où les compositeurs français d’alors auraient découvert ce qu’ il faut de technologie pour faire évoluer leurs idées. L’introduction « On the Moutain (For Michèle) » avec la voix claire d’Elise Ross, mais aussi « Une certaine lumière tourangelle » en sont les plus touchants exemples. Baguettes en mains, le compositeur se fait meneur d’hommes, soutient avec brio ses troupes, les emmène sur des rythmiques plus sauvages. La soprano ne baisse pas la voix, et prend part sans complexe à ce combat plus viril : « Aprelude », pièce centrale de l’album en est l’illustration parfaite. Résumant en huit minutes la brillante alchimie de ce disque, ce morceau sur lequel les solistes semblent prendre un peu plus de libertés avec la musique très écrite du leader est un joyau.

En fin de nuit, avant que le réveil ne sonne, il arrive parfois que nos derniers rêves se télescopent en une seule agréable expérience que l’on croit parfois presque maîtriser. Toujours trop courtes, ces minutes laissent vite place à la frustration du quotidien. Cinq Hops, nous offre 38 minutes de ce bonheur inclassable. C’est déjà fini, on le remet ?