Moving Gelatine Plates - Removing

09/01/2007

Par Mathieu Carré

Label: Musea

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Moving Gelatine Plates mérite sans conteste le titre de pendant hexagonal de Soft Machine. En deux disques au début des années 70, le groupe a produit une musique inventive et audacieuse qui n’aurait pas déplu du coté de Canterbury. Et c’est en 2006, après une longue absence de 26 ans ( !) depuis leur dernier album « Moving » que le groupe français revient sur le devant de la scène. A l’instar de leur modèle anglais, les modifications au sein du personnel sont nombreuses puisque seul Didier Thibault subsiste du groupe originel. Entouré de nouveaux complices, le bassiste part à la conquête d’un public rajeuni.

Le convoi Moving Gelatines Plates reprend donc la route. La première impression est franchement enthousiaste et ramène l’auditeur trente ans en arrière, à l’image de la pochette, collage hétéroclite où la fameuse tête de bovidé à l’honneur dans leur génial album « The World of Genius Hans » vient faire un sympathique clin d’œil aux anciens. Car après une mise en bouche éponyme de 2 minutes, « Removing » enchaîne avec « Like a flower » stupéfiant d’audace. Clarinette, cordes, bruitages, chant, section rythmique et guitare électrique s’excitent comme aux plus belles heures du groupe. L’arbitre a déserté le terrain mais les protagonistes n’en ont cure et au terme des six minutes de ce formidable combat, l’auditeur ahuri n’est pas loin d’offrir une standing ovation à sa chaîne Hi-fi préférée… Didier Thibault transforme l’essai grâce au mélodique et sensuel « Breakdown », avec toujours la présence étonnamment agréable d’un chant presque Shellerien au cœur des échanges musclés des musiciens.
Mais après la découverte de telles pépites, le reste de cet album souffre malheureusement de la comparaison. En effet, tel Soft Machine (toujours) au milieu des années 70, Moving Gelatine Plates s’enlise ensuite dans un jazz-rock aseptisé et décevant, même si toujours exécuté à la perfection et joliment agrémenté des couleurs exotiques des cordes et des cuivres toujours présents, comme sur l’agréable « Nico ».

Néanmoins, lors du dernier morceau « Theo » les musiciens forcent le carcan peut-être un peu trop rigide dans lequel ils étaient jusqu’alors contenus. Liberté, improvisations et audace donnent à cet ultime titre un vrai supplément d’âme et nous laissent espérer à la fois un prochain disque mais aussi la possibilité d’admirer ce groupe légendaire en concert. Espérons aussi qu’il donne envie aux plus jeunes de découvrir leurs premiers enregistrements également disponibles grâce à Musea.