Djamra - Kamihitoe

03/01/2007

Par Aleksandr Lézy

Label: Musea

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Djamra est un groupe d’Osaka (Japon), dont Kamihitoe est le troisième album. Son titre signifie l’équilibre entre le génie et la folie. Quand on sait que « kami » signifie « le papier » et « hitoe » « une petite différence »… allez comprendre ! Pour le nom du groupe, lisez [janra] sans prononcer le [d]. Prononce-t-on le [d] dans délirant et délicieux ?

Djamra est composé de cinq types aux tronches impayables (cf. le livret) : Masaharu Nakakita à la basse, Shinji Kitamura au saxophone, Akihiro Enomoto à la batterie, Takehito Fukuda aux synthétiseurs et Akira Ishikawa à la guitare. Djamra n’est pas un groupe de jazz rock comme les autres, l’évidence saute aux yeux dès les premières notes/secondes. On passe du coq à l’âne à l’image d’un Naked City : les thèmes sont nombreux et c’est à l’auditeur de tracer sa route à travers les incalculables méandres de ces dédales.
Avant tout jazz, les incartades dans moult styles surprennent mais n’exaspèrent pas. Toujours choisies avec goût, elles ne déconstruisent pas les morceaux mais les rendent sophistiqués : une sorte d’habillage supplémentaire. La musique de Djamra est instrumentale et se suffit à elle-même par sa vitalité et sa vivacité, rares sont les moments d’ennui. Impressionnant dans son genre, le groupe pourrait être rapproché dans son ensemble des indonésiens de Discus ou même par certains côtés délirants des français de Chawata.
Kamihitoe est une réussite sur le plan musical, car les musiciens de Djamra sont d’un niveau instrumental élevé. Ils sont aussi pertinents rythmiquement que mélodiquement, ce qui n’est pas toujours évident chez tous les groupes qui privilégient parfois l’un plutôt que l’autre. L’équilibre entre ces deux facteurs est remarquable et montre que le délire musical ne peut pas seulement naître d’un simple désir mais aussi d’un travail rigoureux.

On aurait pu prononcer le [d] de déception mais là, il n’en est rien. Point de progressif aux alentours, mais peu importe ! Ce disque est un pur régal instrumental. Ça joue superbement bien, les idées sont riches, les délires nombreux, la production très propre.