Richard Pinhas - Metatron

03/01/2007

Par Mathieu Carré

Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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En cherchant quelques renseignements sur Richard Pinhas via Internet, les premières pages que l’on ouvre ont souvent un rapport avec… la philosophie ! Et avec Gilles Deleuze particulièrement puisque Richard Pinhas est un des grands représentants de la pensée du maître. Un philosophe ouvert sur le monde puisque tout au long des années 70, il a participé à l’avènement de la musique électronique dans l’hexagone au sein du Heldon, bouillonnante réunion musicale ravie de s’engouffrer dans les brèches ouvertes par le Krautrock allemand. Mais à la décennie des lumières électronique succédèrent les années 80 des synthétiseurs, et l’émulation technologique géniale laissa place à une overdose malsaine; l’outil si perfectionné prit le pas sur ses créateurs soudain dépassés par tant de facilités. Si le philosophe Pinhas trouvait alors matière à disserter longuement, le musicien vit son auditoire se réduire pour devenir confidentiel. Et ce n’est qu’après une retraite de plus de dix ans que le musicien reprit sa guitare et ses machines étranges, emmenant avec lui ses amis écrivains de science-fiction Norman Spinrad et surtout Maurice Dantec (et à travers lui, Philip K. Dick). Depuis, la fièvre créatrice s’est de nouveau emparée de Richard Pinhas. Metatron est le sixième album à paraître sous le label Cuneiform Records . Avec Antoine Paganotti (batterie) et Jérôme Schmidt (Laptops & loops) toujours présent aux coté du leader guitariste-arrangeur, cet album s’inscrit en suite logique de Tranzition paru en 2004 .

Monumentale somme musicale de plus de deux heures, Metatron se révèle être d’une densité impressionnante. Dès la première seconde, l’auditeur se perd dans un entrelacs de boucles sans mélodie; les références s’imposent : Krautrock et Frippertronics. Mais contrairement à bien des productions du genre, Richard Pinhas réussit le tour de force de varier constamment l’intensité d’une plage à l’autre. Le voyage commence par une longue pièce,  » Tikkun  » qui se retrouve répartie sur les deux disques. Totalisant plus de quarante minutes, ces trois plages oscillant lentement à un rythme hypnotique ne dépareraient pas au sein d’un unique album à écouter l’été, bercé au rythme d’une mer calme et chaude.
Et le reste est à l’avenant. Le seul morceau un peu faible reste  » Moumoune and Mietz in the Sky with Diamonds « , basé sur une suite d’accords convenue et assez soporifique. Au-delà de ce petit écueil, Metatron s’inscrit en disque absolument éblouissant à la fois par son ambition et son originalité, en grande partie grâce à un Antoine Paganotti déchaîné, alternant les rythmiques discoïdes et les passages plus anarchiques, entre Cyril Atef et Jack DeJohnette. Et Richard Pinhas derrière sa guitare évoque bien souvent Jimi Hendrix (n’ayons pas peur des mots) par sa fougue, qualificatif que l’on ne s’attend pas à voir rapporté à un disque de Krautrock. Loin de l’image aseptisée d’une musique trop technologique, le guitariste renverse tout sur son passage et l’apothéose  » Babylon Babies « , avec un monologue halluciné de Maurice Dantec convaincra les derniers sceptiques.

Renouvelant comme par magie un genre considéré par beaucoup comme mort et enterré, Metatron ne révélera ses secrets qu’aux plus aventureux. Inquiétant, mystérieux et épais comme une jungle amazonienne, ce n’est qu’une fois au coeur de ce maelstrom que l’on profite pleinement de tous ses trésors.