WhiteChapel - Le masque d’Arlequin

30/12/2006

Par Jérôme Walczak

Label: Musea

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WhiteChapel est un nouveau venu sur la scène prog nationale. Le groupe chante en français, et c’est tout à son honneur : les textes sont bien écrits, les thèmes sont variés, même s’ils demeurent assez familiers aux oreilles habituées du genre : le Moyen âge, la religion, Elephant Man, la guerre en Yougoslavie, le fantastique… Certes, tout cela date un peu et fait « déjà entendu » mais on imagine volontiers que Le masque d’Arlequin est le fruit d’une longue maturité. Nous n’avons pas affaire à des débutants. : la plupart des membres de WhiteChapel tournaient déjà depuis longtemps en Ile de France avec leur groupe Améthyste. Cette maturité transparaît dans les arrangements et les mélodies qui sont particulièrement bien travaillées.

Certes, rien de très original : on reconnaît des sonorités bien familières, Dream Theater, Galaad (« Au nom du père ;») et parfois aussi Ange (l’introduction de « Melissandre », par exemple). Le chanteur a une voix agréable, juste, et finalement… très française. On pense assez facilement à Némo à l’écoute de certains titres ou à Ex Vagus, et WhiteChapel trouve très naturellement sa place parmi ces illustres coreligionnaires. L’ensemble est très bien construit, avec des morceaux efficaces (« WhiteChapel ») et des titres plus doux et très agréables : « Elixir », par exemple, dont le rythme et la construction n’ont rien à envier aux plus belles productions du sieur Décamps, notamment la petite nappe de clavier en arrière-fond, tout simplement enivrante. WhiteChapel sait parfaitement bien allier la poésie des paroles, les ambiances féeriques, enivrantes et une atmosphère métal prégnante à laquelle on prend un réel plaisir. « Le masque d’Arlequin », « Les enfants de la nuit », « Echec et mat » sont ainsi des titres particulièrement efficaces, qui devraient parfaitement fonctionner sur scène.

Ce qu’on retient dans Le Masque d’Arlequin, c’est le grand professionnalisme et un respect évident du public, de tous les publics : « prog métal », « prog mélodique », en laissant de la place à la rêverie et à l’introspection. Tout y est très bien travaillé, bien arrangé, différents styles se côtoient harmonieusement et forment une synthèse particulièrement réussie. Nous ne sommes a priori pas ici dans la méditation, dans le calme et le rêve, et pourtant, malgré un style assez puissant, ces différents états d’esprit se côtoient lorsqu’on écoute cet album.

WhiteChapel nous montre ainsi que la scène française du rock progressif est loin d’être une source tarie. Il y a bien sûr des filiations évidentes, avec Ange, avec Mona Lisa, mais c’est une heureuse filiation, à la fois moderne et joliment inspirée. Les premiers albums, en général, traduisent tout ce que les membres d’un groupe veulent faire de mieux : ils ont retenu les recettes des précurseurs, ils ont su y ajouter leur créativité et ils ont un public potentiel évident. Il ne reste plus aux intéressés du genre qu’à se précipiter sur une œuvre qui ne devrait pas les décevoir.