La Diagonale du Fou - La Forme du Vent

10/12/2006

Par Jean-Daniel Kleisl

Label: Autoproduction

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Chers amis lecteurs, on tient là un des prétendants au titre de meilleur espoir de l’année ! Certes, il ne s’agit que d’un mini album autoproduit, mais quelle découverte ! La Diagonale du Fou est un trio parisien batterie-basse-guitare tel qu’il s’en fait très souvent dans le monde décidément très fréquenté du post rock et math rock. En effet, à l’instar de la Belgique ou de la Suisse romande, la France peut se targuer de posséder une belle brochette de groupes (Chevreuil, Cheval de Frise, Sons of Frida, Immune, etc.) naviguant dans ce style qui est au rock actuel ce que le prog était au rock dans les années 1970. A ce titre, les deux compiles RockPost téléchargeables gratuitement sur le site www.rockpost.fr donnent une petite idée de la vivacité cette scène.

Et quid de La Diagonale du Fou ? Simplement, il s’agit d’un des chaînons manquants entre le prog rock et du post rock. Cette assertion, au risque de faire jaser, se vérifie par l’influence qui plane de façon diffuse sur tout l’album : King Crimson. Les amateurs du « tout-cloisonnement » et de la classification musicale à tout crin en sont quittes pour de puissants maux de tête. Entièrement instrumental, La Forme du Vent est l’exemple type d’album jouant sur les ambiances (forcément à tendance sombre dans ce cas) et sur les tensions plutôt que sur l’esbroufe et la démonstration technique, dans un registre assez orienté metal. Cela dit, pour un premier essai entièrement autoproduit, le niveau d’exigence de la Diagonale du Fou est très élevé tant au niveau de l’écriture que de la production, il faut le signaler !

Tout commence avec une introduction au sample basse / batterie sur laquelle viennent se plaquer des accords très métalliques pour déboucher ensuite sur la basse entêtante de « Via » qui à lui seul résume la musique de La Diag’ : batterie carrée (peut-être même un peu trop parfois), basse ronde et puissante, guitare tour à tour suave, svelte et hargneuse, rythmiques complexes, constructions alambiquées et variées. On pourrait presque rapprocher cet album du S.U.S.A.R sorti par les Polonais d’Indukti, il y a bientôt deux ans. Certes, la musique est différente, mais la base est sensiblement la même ! Evidemment, La Diag’ se plie parfois à certains poncifs du genre post rock – les montées en puissance –, comme on le remarque clairement dans le final de « Hybride ». C’en est presque dommage tant le trio essaie de développer un langage proprement original (écoutez « Yardang » et ses parties étranges accompagnées de sensuels feulements féminins).

Petit album d’une demi-heure, La Forme du Vent, si l’on met de côté les petits défauts de jeunesse mentionnés ça et là, présente un travail solide et constitue une excellente surprise en cette fin d’année 2006 ! Les trois fous de la diagonale – Stéphane Vion, Laurent Vion et Benjamin Vergès, il convient de les citer nommément dans cette chronique – mériteraient d’être produits et distribués professionnellement et on ne peut que d’attendre avec impatience la suite de leur aventure !