Kotebel - Omphalos

30/10/2006

Par Jérôme Walczak

Label: Musea

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Les racines seventies de ce groupe espagnol sont bien marquées, revendiquées, même, par le claviériste : « le désir d’évoquer la transcendance ». Nous ne sommes pas dans la plainte, dans la revendication, mais seulement dans le rêve, l’introspection, l’interrogation. Nous ne parlons pas aux autres mais à celui qui écoutera, tranquillement. L’auditeur est unique.

Racines dans les années soixante-dix ? Dans l’esthétique, d’abord : une belle pochette, un livret baroque soigné ; tout juste pourrait-on reprocher au graphisme de rendre la lecture des textes difficile. Dans le concept ensuite : la Grèce classique, l’astrologie, l’Egypte antique, des textes invitant à la respiration, la détente et faisant appel à la poète Natalye Engelke et aux mantras indiens.

Ne cherchons pas dans Omphalos la virtuosité aujourd’hui si caractéristique de nombreux groupes souvent éloignés – et c’est à noter – de la culture latine. Omphalos, c’est d’abord une ambiance. Une alternance entre marche méditative et course plus effrénée, comme si les musiciens s’efforçaient d’accélérer le rythme pour nous faire savourer les parties les plus douces du disque.

Le voyage de Kotebel rappellera à certains les plus belles heures de Renaissance ou de Jethro Tull, les Espagnols renouant avec une sorte de néo-classicisme du rock progressif. Ici, la guitare est reléguée au second plan, sauf peut-être sur le final de quelques morceaux, comme « Prologue » par exemple, rappelant que nous sommes bien en 2006.

Omphalos est une triade : la voix puissante et veloutée de Carolina Prieto, la flûte d’Omar Acosta, privilégiée notamment dans la première partie de l’album, conférant à l’ensemble une source d’étrangeté. En écoutant cette flûte, nous sommes ailleurs : en forêt, l’hiver, un soir de pleine lune, sur le Nil au petit matin ou à Delphes, respirant les encens de la Pythie. A ces deux ensembles viennent s’entremêler des orchestrations typiquement des années soixante-dix, notamment une utilisation pertinente des percussions et de la basse, qui ne dépareraient pas dans un album de Gong ou d’Ozric Tentacles (« Sun Pentacle »). C’est lorsque ces trois éléments sont rassemblés que le charme de Kotebel opère vraiment. Retenons par exemple le long final de « Venus Pentacle » où interagissent la voix, la flûte et le piano.

Kotebel est l’une des rares formations de rock néo-progressif espagnol. Avec leurs compatriotes de Galadriel, les italiens de la Maschera di Cera ou de Mangala Vallis, il est le représentant d’une tradition déjà ancienne du rock progressif, avec laquelle on était sans doute plus familier avant 1978. Cet album charmera tous les amateurs de calme, de tranquillité, les candidats au voyage. Ecoutez ce disque en rentrant du travail, faites vous une bonne tisane, brûlez un bâton d’encens et oubliez. La musique, la bonne musique, c’est un voyage.