Mujician - There’s no Going Back Now

22/10/2006

Par Aleksandr Lézy

Label: Cuneiform Records / Orkhestra

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Progressia avait déjà parlé dans ses colonnes de deux membres (Paul Dunmall et Paul Rogers) parmi les quatre qui forment Mujician, mais jamais de Mujician en particulier. Pourtant There’s no Going Back Now est le sixième enregistrement de ce quartet de free jazz formé en 1988 et signé chez Cuneiform… ce qui n’est pas pour nous déplaire ! Voyons ce qu’il en est …

Le free jazz est une discipline complexe. L’improvisation dans une direction donnée, celle de la « débandade désorganisée » met en action tous les sens de celui qui la joue. Keith Tippett au piano, Paul Rogers à la contrebasse sept cordes, Tony Levin (oui, il en existe un autre) à la batterie et Paul Dunmall aux saxophones ténor et soprano, voilà une réunion qui en dit a priori long sur le résultat.
Une longue improvisation de quarante-cinq minutes, c’est ce que Mujician nous propose sur ce disque enregistré le 12 juin 2005 au Victoria Rooms de Bristol en Angleterre. Le Victoria Rooms, pour la petite histoire, est un des plus beaux lieux de Bristol, dans un style victorien classique (ressemblant pour la devanture à notre Assemblée Nationale). Un lieu où Charles Dickens et Oscar Wilde par exemple faisaient eux-mêmes leurs lectures. Depuis, ce bâtiment a été récupéré par le département de musicologie mais reste un lieu de conférence et l’auditorium, qui compte un peu plus de 700 sièges accueille de nombreux concerts. Bel endroit pour jouer et enregistrer par la même occasion.
Mujician donc, continue de nous surprendre par la qualité de son free jazz. Evidemment, le résultat est difficilement descriptible, mais l’on peut souligner l’énergie et la musicalité avec laquelle l’ensemble propose son matériel. Des moments où la fusion des idées paraît être d’un naturel déconcertant, des moments où l’on se cherche, des passages brouillons à souhait qui font cependant le charme de ce genre, des passages doux et calmes, tout cela pour repartir de plus belles dans des tiraillements rocambolesques. La touche jazz ne disparaît à aucun moment et c’est là où réside la force du quartet. L’idée reste bel et bien de faire de la musique, non du bruit comme certains pourraient le penser. Un véritable esprit de groupe rend tout cela plausible, et le résultat est convaincant, surtout le final en forme d’apothéose apocalyptique.

Décidément, Cuneiform nous sert toujours et encore de bons disques, de la musique en marge de toutes celles qui envahissent nos disquaires en défaveur des chercheurs et des penseurs de la musique. Mujician est une réelle découverte à faire dans le domaine du free jazz moderne, l’esprit de Ornette Coleman ou d’Eric Dolphy – pour rester bref – plane sur ce There’s no Going Back Now.