Darjeeling - L’Envers Du Décor

15/10/2006

Par Julien Damotte

Label: Autoproduction

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Formé en 1998, ce groupe originaire de Rouen a d’abord écumé les cafés-concerts avec un répertoire constitué uniquement de reprises avant de se mettre à composer. L’écriture de L’Envers Du Décor n’a réellement commencé que fin 2001 et Darjeeling a d’abord sorti une démo quatre titres avant de proposer une oeuvre complète cette année. Le groupe a donc eu le temps de se forger une identité unique, qualité principale et indéniable de ce premier album.

Avec L’Envers Du Décor, les quatre rouennais ont su trouver l’équilibre entre un rock progressif énergique aux consonances souvent orientales et un chant résolument typé « variété française ». Pourtant, il serait dommage et très réducteur de vouloir coller une ou plusieurs étiquettes à ce groupe tant leurs influences et qualités sont diverses. Si les riffs de guitares sont puissants et incisifs, ce n’est pas du simple metal progressif pour autant et si la voix de Eric Pariche fait parfois penser à celle de Bertrand Cantat (dans « La Chair Humaine » par exemple), il serait hâtif de conclure que ses possibilités techniques s’arrêtent là. Ancien ténor professionnel, ce chanteur inclassable démontre une versatilité à toute épreuve. Passages lyriques (« La Chair Humaine », « Moi Je… », « La Tendance »), harmonies vocales peu conventionnelles (« Nos Fiançailles », « La Transe ») et refrains plus metal, Eric semble à l’aise dans tous les styles. Sa voix est utilisée comme un instrument à part entière, comme lorsqu’elle suit la ligne de basse de « La Tendance ». En outre, les paroles à la fois poétiques et métaphysiques confirment le fait que le chant (en français) est l’atout majeur de cet album.

Les musiciens ne sont pourtant pas relégués au second plan puisque la section rythmique basse/ batterie est impeccable, tantôt funky (couplets de « Les Sirènes »), tantôt lourde à souhait (« Passionnément Correct », « Nos Fiançailles »). L’ajout de nappes de synthé technoïdes lui donne parfois un côté martial à la Rammstein comme sur les riffs de « Nos Fiançailles » ou de « Les Sirènes ». Quant aux riffs de guitares souvent syncopés, ils sont très typés Dream Theater comme sur le titre « La Transe » où la ressemblance avec « Home » est flagrante. Même la tonalité du morceau (ré mineur) est identique. Cette tonalité va d’ailleurs être conservée durant sept chansons consécutives (jusqu’à « Moi Je… »), vraisemblablement par souci de cohérence sonore puisque les titres semblent s’enchaîner de façon naturelle comme s’ils étaient liés entre eux. Malheureusement, il se peut que certains voient là un manque d’inspiration du groupe, ou en tout cas trouvent l’album trop répétitif. Pour preuve, il est fort probable qu’un titre comme « L’involu Songe » laisse une impression de déjà entendu tant les riffs, trop similaires, perdent de leur impact au fil des titres malgré leur apparente montée en puissance.

Il serait pourtant fort dommage de s’arrêter à ces quelques détails techniques tant L’Envers Du Décor , de par son originalité et sa production quasi-professionnelle, devrait laisser une trace dans le monde plutôt cloisonné du rock. Avec l’incroyable ouverture d’esprit qui les habite, gageons que les quatre compères de Darjeeling feront parler d’eux, et en bien.