Museo Rosenbach - Zarathustra

11/10/2006

Par Christophe Manhès

Label: BMG

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Ce groupe italien originaire de San Remo fut créé en 1969 d’abord sous le nom de Quinta Strada puis celui, surchargé mais selon la mode italienne de l’époque, de Inaugurazione Museo Rosenbach. Ce choix était plus lié à un souci esthétique de consonances qu’à des raisons culturelles célébrant un musée purement imaginaire consacré à l’éditeur allemand, Otto Rosenbach. Le groupe se compose alors d’Enzo Merogno à la guitare, Pit Corradi aux claviers, Alberto Moreno à la basse et au piano et Giancarlo Golzi à la batterie, auxquels viendra se joindre un peu plus tard le remarquable chanteur Stefano ‘Lupo’ Galifi.

Le groupe commence à travailler à un album ambitieux dès 1971, leur futur Zarathustra, dont il va tester l’impact sur scène avant de rentrer en studio. C’est donc en mars 1973, après deux années de gestation laborieuse, que sortira ce magnifique et unique album qui, s’il ne connaîtra malheureusement que peu de succès à son époque, engendrera une petite polémique. On lui reproche une supposée sympathie très droitière avec la philosophie nietzschéenne du « surhomme » du célèbre ouvrage Ainsi Parlait Zarathoustra. Mais le groupe s’est toujours défendu d’avoir adhéré à la récupération fasciste de cette notion, alors que pour Nietzsche il s’agissait avec le « surhomme » de défendre l’idée fortement romantique « d’un idéal impossible mettant en lumière les limites de l’existence humaine ».

Côté musique, une chose est sûre : 35 ans plus tard, ce disque conserve toujours son impact. Forgé dans l’acier autant qu’il est ciselé d’ambiances subtiles, une fois de plus le mariage entre énergie et douceur, typique des meilleurs groupes progressifs italiens, fait merveille et donne, dès l’ouverture de la plage titre « Zarathustra », des accents symphoniques bouleversants et intenses à une musique aux sonorités presque intemporelles. Remarquablement construit, ce titre est un des morceaux de choix de la production transalpine de cette époque qui pourtant en compte beaucoup : de l’ouverture enchanteresse jusqu’au final dominé par un mellotron d’une puissante majesté, vous êtes entraîné dans les tourments épiques et virtuoses d’une musique riche, très puissante, contrastée et parfaitement équilibrée dans toutes ses ambitions. Immanquablement, on pense au In The Court Of The Crimson King de King Crimson mais également à un groupe plus hard comme Deep Purple. Rien que du bon donc. Avec ce morceau phare, authentique chef-d’œuvre, la preuve est faite que le temps est une notion relative : ses vingt minutes en paraissaient cinq…

Sans être complètement déséquilibré par les qualités impressionnantes du morceau titre Zarathustra, l’album souffre, sur sa seconde partie, d’un manque d’ampleur ou de folie. Les trois autres plages restantes, aux dimensions nettement moins imposantes, plus carrées, sont néanmoins toujours dotées d’une grande énergie et d’un redoutable savoir-faire. Si « Degli Uomini » déçoit pour le goût d’inachevé qu’il laisse, l’amphétaminé « Della Natura » déboule pour asséner une remarquable leçon de hard progressif aux couleurs très Purple. La voix puissante et chaude de Stefano Galifi et la rythmique, particulièrement réussie dans sa section centrale, groovy, presque dansante, y font toutes deux merveilles. Enfin le dernier titre, « Dell’etrno Ritorno », achève l’album avec la même efficacité tout en étant curieusement traversé de brèves mélodies aux charmes évidents mais un peu débordées par la vitalité environnante.

Dommage que la culture dominatrice anglo-saxonne ait toujours scandaleusement écarté de la reconnaissance les œuvres chantées dans d’autres langues que la sienne; ce disque, typé et parfaitement produit, aurait mérité une reconnaissance autre que tardive et limitée au cercle des initiés