Awacks - The Third Way

06/10/2006

Par Julien Damotte

Label: Brennus Music

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Le groupe Awacks, originaire de Clermont Ferrand, existe depuis 1989 et a su faire évoluer sa musique au fil des années. Après un premier essai plutôt Hard FM, Panorama (1999), et un Atmosphere 136 (2002) plus progressif leur valant un contrat chez le label Brennus, le groupe, dont la composition a été quelque peu remaniée, propose en cette fin d’année leur album le plus abouti. Les heures passées à peaufiner chaque nouveau morceau en détail, tout en défendant leur musique sur les scènes de France, ont enfin payé et font de The Third Way un véritable travail d’orfèvre.

Alternant comme à leur habitude les textes en français et en anglais, les auvergnats enfoncent un peu plus les portes du metal progressif (« Timecurve Warcurse » en est un exemple frappant), tout en gardant leur empreinte hard FM originelle, notamment dans les refrains, toujours aussi efficaces. Véritable groupe de scène, Awacks propose des compositions plus riches et plus techniques, sans pour autant tomber dans le cliché éculé de la « musique pour musiciens ». Les protagonistes se sont aguerris et mettent la maîtrise de leur instrument au service de la mélodie et de l’émotion. La batterie est plus percutante, la basse plus présente, la guitare plus incisive et les claviers ont souvent un rôle central, agissant comme un véritable liant musical.

Après le départ de leur bassiste et de leur claviériste en 2002, les membres fondateurs ont su trouver des remplaçants à la hauteur : non seulement les deux nouvelles recrues renforcent le niveau technique du groupe mais elles se sont également révélées être des pièces maîtresses lors de la phase de composition de ce nouvel album. Les parties de claviers assurées par Nach sont à la fois plus originales et plus travaillées que celles de son prédécesseur et son penchant pour l’expérimentation sonore a contribué à enrichir et diversifier la musique du groupe. De son côté, Stan, en plus d’être un bassiste et compositeur émérite, a su grâce à ses talents de graphiste réaliser un livret digne des plus belles réalisations du genre.

Quant aux vocaux tout en puissance de Crock, ils sont plus nuancés et plus variés que par le passé. S’il est tentant de le comparer à Didier Delsaux (Manigance), Tobias Sammet (Edguy) ou encore Geoff Tate (Queensrÿche), cela serait pourtant réducteur tant il a su se forger une identité propre, explorant même de nouveaux horizons comme sur la première véritable ballade du groupe, « Waterfall », un des moments forts de l’album. Et que dire de sa performance sur le poignant « Vivre Sans Lumière« » dédié à la mémoire d’un ami du groupe, le sixième membre d’Awacks selon eux, parti trop tôt. Appuyée par des chœurs soignés, sa voix éraillée sert des paroles plutôt sombres, réflexions sur les thèmes de la nostalgie de l’enfance (« Rêve »), de l’introspection (« Halfway To Infinity ») ou encore de la guerre (« La Haine et La Souffrance »), allant jusqu’à pousser un cri de détresse sur « S.O.S » (dans lequel le riff d’intro imite intelligemment le fameux code utilisé en morse).

Au sein du groupe, la recherche mélodique est constante et, alliée à une énergie totalement maîtrisée et quelques éléments plus progressifs (mesures asymétriques ou changements de rythmes subtils), elle offre des moments plus intenses et plus contrastés que par le passé. « La Haine Et La Souffrance », long de presque dix minutes est l’exemple du parfait équilibre qu’Awacks a su atteindre avec cet album. Seule ombre au tableau : les sons de guitares qui, dans les solos mais aussi dans certains riffs potentiellement dévastateurs (comme ceux de « Rêve » ou de « Timecurve Warcurse »), manquent un peu d’impact et de présence. Ils donnent à la musique d’Awacks un petit côté « old school » qui ne sera peut-être pas du goût de tous. Néanmoins, ces riffs un tantinet aseptisés contribuent d’une certaine façon à créer l’identité du groupe, se démarquant ainsi des sempiternels rouleaux compresseurs rythmiques auxquels les groupes de metal progressif actuels vouent un culte parfois démesuré.

Si le groupe a gagné en précision, en originalité et en technique avec The Third Way , il a surtout su trouver les mots et les notes justes pour susciter l’émotion et élever sa musique vers d’autres sphères. Cet album haut en couleurs marquera à coup sûr cette fin d’année. Souhaitons au groupe d’obtenir le succès qu’il mérite.