Khatsaturjan - Aramed Forces of Simantipak

01/10/2006

Par Djul

Label: Musea

Site:

Conséquence indirecte mais tangible de l’arrivée de The Mars Volta et autre Coheed and Cambria sur la scène progressive, quelques jeunes formations n’ont plus peur de revendiquer des titres d’albums ou de morceaux abracadabrants. Et voilà que ce quatuor s’amuse à faire des jeux de mots entre le nom et le prénom d’un compositeur classique. Voici donc le second album de Khatsaturjan, Aramed Forces of Simantipak (pour Aram Khachaturian)!!

Autre point commun avec les deux formations reconnues citées plus haut, un goût plus qu’affirmé pour la grandiloquence : le « Prelude » dégoulinant de claviers menaçants et d’arpèges de pianos voluptueux annonce lui aussi la couleur. Khatsaturjan propose en réalité un progressif symphonique pour le moins chargé, « modernisé » par une approche parfois énergique (des guitares assez saturées) voire humoristique (« The Grand Pariah Lament” et son refrain popisant sonne parfois comme du Vulgar Unicorn). Les Finlandais (car il s’agit bien de résidents de l’oublié des trois pays nordiques, tout du moins lorsque l’on dresse une cartographie du progressif mondial) mélangent ainsi leurs références classicisantes (ils ont commencé en reprenant du… Mussorgsky et du Prokofiev et citent Haendel sur « The Mass ») avec d’autres plus rocks mais très variées. On a parfois l’impression d’entendre le Rhapsody du progressif, tant l’ensemble est démesuré, mais on n’emploiera pas trop ce qualificatif qui risque de faire fuir bien des amateurs de musique… .

Cet ambitieux programme a donc donné naissance à Aramed Forces of Simantipak qui, s’il ne tient pas toutes ses promesses, reste une excellente surprise. Dans un genre pour le moins pompeux, Khatsaturjan a trouvé une recette qui fait passer ce copieux repas, en alternant des passages claviers / pianos lancinants parfois supportés par des chœurs massifs ou encore un violon et des moments délurés sur lesquels la guitare s’emballe franchement. Cela donne des morceaux dignes des Six Wives of Henry VIII (même le clavecin est inclus sur « Advent Rise »), ou d’autres qui passent de l’opéra rock à la The Enid aux passages fusions trépidants (le très emblématique et sinueux « Scenario Triangular », avec un fabuleux passage Vangelis meets Steve Hackett). L’inévitable pavé est bien entendu présent (le bien nommé « The Mass »), mais passe comme une lettre à la poste avec ses interludes au piano très sombres et ses fulgurances rappelant le vieux Genesis, l’énergie en plus.

Alors où le bât blesse-t-il ?? Au niveau des voix, comme souvent… . Si les chœurs sont assez bien maîtrisés et ajoutent d’autres effets kitsch qui rendent l’album encore plus surréaliste que la trame musicale, le chant principal se partage entre trois des quatre musiciens et on sent bien que ce n’est pas leur domaine de prédilection. Souvent trop juste dans les aigus, voire carrément à côté on en vient bien vite à la conclusion que l’embauche d’un CDI sur cette fonction ne serait pas du luxe : une voix de ténor donnerait sans doute plus de consistance aux parties vocales ! Certaines lignes sont ainsi saccagées alors qu’elles feraient mouche en étant chantées justement (confere, le centre du « Scenario Triangular », où des parties très Anekdoten, du meilleur effet, tombent à plat à cause de ce défaut). Il n’y a que sur « Chromatic Movement » que cet aspect n’est pas à déplorer.

Khatsaturjan, c’est un peu le Gargantua du progressif: il en fait des tonnes, et en rajoute encore, mais il paraît pourtant toujours affable et garde cette petite ingéniosité truculente ! Et ce résultat est atteint par des jeunes gens de 25 ans qui pourraient continuer à nous surprendre, dès lors que l’on n’est pas allergique à une tendance pour le moins marquée à empiler les couches de claviers et les références classiques. Reste que la formule du Fais ce que vouldras implique aussi encore de trouver celui qui pourra être à la hauteur des envies instrumentales de ce quatuor pour le moins pas comme les autres.