White Willow - Signal to Noise

25/09/2006

Par Djul

Label: The Laser's Edge

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Mais où veut donc aller White Willow? C’est la question que l’on était (déjà) en droit de se poser à l’écoute de son précédent album, Storm Season, sorti en 2004. En effet, alors que les norvégiens proposaient une certaine « unité stylistique » sur leurs trois premiers albums (à savoir un progressif symphonique très arrangé), ce quatrième avait divisé l’opinion, en incluant des éléments plus metal et en simplifiant la musique du groupe. Les quelques commentaires sous la chronique parue dans nos pages témoignent d’ailleurs d’appréciations diverses du disque, même s’il était unanimement reconnu qu’il était soigné.

Deux ans après, Signal to Noise n’est pas prêt de mettre fin au débat (qui a d’ores et déjà commencé sur notre forum : nos lecteurs sont décidemment d’impénitents bavards !). On peut même dire que le groupe semble se plaire à brouiller les pistes, avec pour résultat un disque dont l’homogénéité ne tient qu’à la patte du compositeur principal du groupe (Jacob Holm-Lupo) et au chant de Trude Eidtang, la nouvelle arrivée d’un groupe assez instable en terme de musiciens. Même le troisième élément qui contribuait au style de Storm Season – à savoir une certaine forme de noirceur – disparaît par moments sur ce disque. Illustration pour le moins frappante de ce changement de cap, le bien nommé « Joyride », sorte de mélange entre Cocteau Twins et Alanis Morissette : un très beau morceau, mais à mille lieux des précédentes productions de White Willow.

En dehors de ce titre (auquel on peut ajouter les « gentils » et moins réussis « Splinters » et « The Dark Road »), on peut dire que l’album contient deux types de morceaux bien distincts : des titres pesants et sombres, dans la lignée de Storm Season, et des compositions lyriques et aux arrangements complexes, vestiges du magnifique troisième album du groupe, Sacrament. Ainsi, « Night Surf » commence d’entrée par un rythme lancinant et des arpèges de guitares très sombres, à l’image de son prédécesseur, « Chemical Sunset ». La voix de Trude Eidtang est un peu moins pure que celle de Sylvia Erichsen, plus voilée dira-t-on, mais on comprend tout de suite que ni l’une ni l’autre ne compose les lignes de chant : le phrasé très particulier de celles-ci est le même, et nul doute que Holm-Lupo tient le pupitre. L’angoissant « Ghosts » va encore plus loin dans la démarche avec une ambiance et un son quasi-metal, le co-producteur Tommy Hansen (TNT, Helloween, Circus Maximus) ayant sans doute accentué cette tendance. Sur ces titres, l’attention est portée sur les atmosphères et le chant, et l’instrumentation audacieuse des premiers albums n’est pas encore de mise. On retrouve cependant des arrangements plus complexes sur trois splendides et longs titres : « The Lingering », « Chrome Dawn » et « Dusk City ». Le chant se fait plus lyrique et passionné, tandis que le groupe propose des sonorités plus diverses, avec beaucoup de claviers analogiques (mellotron, orgue Hammond, et ribambelles d’ARP et claviers Roland ou Korg, tous tenus par Lars Fredrik Frøislie) et une instrumentation plus riche (un « Dusk City » osé, où basses saturées et flûtes légères se côtoient assez harmonieusement).

Bel exercice de composition(s) et de style(s) ou catalogue de titres disparates par un groupe qui a perdu de sa personnalité ? C’est un vrai Jugement de Salomon qu’on demande au chroniqueur de rendre ici ! Ce qui est certain, c’est qu’il n’est pas fondé de taxer le groupe d’opportunisme ou de fainéantise, car on sent le travail et la sophistication à chacune de ces cinquante et une minutes. En cela, quelques écoutes limitées risqueraient de tromper sur la qualité du disque. Ce qui fera pencher la balance d’un côté ou de l’autre dépendra vraisemblablement du fait que vous aurez l’impression d’écouter White Willow ou, au contraire, que vous ne reconnaissiez plus le groupe. Pour notre part, les norvégiens ne sont pas encore méconnaissables, malgré leurs hésitations de styles, et l’album reste recommandable, même si en deçà des œuvres précédentes du groupe faute à deux ou trois titres moins percutants. Qu’en sera-t-il du prochain ?