Pictorial Wand - A Sleeper’s Awakening

22/09/2006

Par Jean-Philippe Haas

Label: Unicorn Digital

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Avec A Sleeper’s Awakening, le dynamique label canadien Unicorn Records fait une incartade au genre qu’il affectionne habituellement, à savoir la fusion progressive. D’emblée, les termes qui décrivent cet album – « conceptuel », « opéra rock », « les sept péchés capitaux » – en plus d’être passablement pompeux, peuvent effrayer lorsqu’on sait combien les productions similaires sont légion et d’une qualité très variable dans le rock/métal progressif. « Déficit total d’originalité …  »… cette crainte informulée peut donc effleurer l’esprit lorsqu’il s’agit d’introduire le CD dans le lecteur.

Comme souvent pour ce genre d’oeuvres mégalomanes, il s’agit du projet d’un seul homme, en l’occurrence du norvégien Mattis Sörum, multi-instrumentiste, cela va de soi. Dans la grande tradition d’Ayreon, Pictorial Wand propose un mélange de thèmes à dominantes acoustiques, symphoniques ou métalliques dans lesquelles guitares et claviers se partagent équitablement la plupart des moments de gloire. Moins heavy dans l’ensemble que son illustre modèle, Mattis Sörum respecte tout de même les principes de base du genre : album double, brouettée de musicien(ne)s et de chanteu(r)(se)s. Ceux-ci sont tous de quasi-inconnus, mais lorsqu’on compare le casting de The Final Experiment avec celui que le sieur Lucassen se permet d’aligner dans ses productions actuelles, on ne peut que souhaiter la même réussite à son homologue norvégien.

Il est inévitable de retrouver sur A Sleeper’s Awakening quelques clichés inhérents au « concept« » : moments narratifs, bruitages divers (pas, vagues, pluie, orage, … il ne manque que la classique porte qui grince !), passages pompeux à souhait, etc. Il ne faut pas davantage chercher de thèmes extrêmement savants dans les compositions ni d’expérimentations sauvages. Néanmoins, malgré quelques longueurs (l’interminable final de « In Shadow », par exemple) et une faible variété des tempos, l’album réussit à capter l’attention sur la quasi-totalité des deux CD et se démarque par quelques originalités : l’intervention régulière et judicieuse d’instruments classiques comme la flûte, le violoncelle ou le clavecin qui vont parfois jusqu’à tenir le rôle principal dans certains morceaux (« A Wandering In The Dark »). Par ailleurs, une production claire tout à fait honorable vient soutenir cet ensemble mélodique et raisonnablement varié.

A Sleeper’s Awakening ne révolutionnera pas le genre et ne restera pas plus dans les mémoires. Cet album mérite pourtant de par sa qualité générale qu’on s’y attarde plus d’une minute. Qui sait si Mattis Sörum ne constituera pas dans un futur proche une alternative aux omniprésentes « ayreonneries » ?