Rosco il est content - Et Cie…

19/09/2006

Par Djul

Label: Autoproduction

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Amis des Duke, bonjour ! Au rayon des stupidités télévisuelles produites par les années 80, la série Shérif, fais-moi peur est candidate à une première place. Les producteurs français n’avaient rien trouvé de mieux que de doter l’abruti de shérif – déjà profondément débile – Rosco P. Coltrane d’une voix ridicule. Vestige de ce désastre, le chien de Rosco, Flash, trônant oreilles au vent sur la pochette du groupe ayant pris pour nom la réplique fétiche du personnage : « Rosco, il est content » !

Venus de Nice, ces compères ont un bagage commun déjà conséquent à l’orée de leur premier album autoproduit : depuis 1992, ils jouent ensemble et se sont déjà produits en première partie de Gong ou Rachid Taha, ainsi que dans de nombreux festivals sur la Côte d’Azur. Ils passent donc aux choses « sérieuses » avec ce premier essai en studio, qui ne fait pas, contrairement à ce que l’on pourrait penser, que capturer l’esprit d’un projet taillé pour la scène. De même, s’il y a quelques doses d’autodérision musicale au fil des titres et une joie de jouer palpable, le groupe est bien loin d’être un délire de potes : ces musiciens savent jouer et ils vous le feront savoir au cours de ces huit titres instrumentaux (sauf sur le « gonguien » « Cosm[@ :]Vortex », où quelques lignes de chant se font entendre).

A la lisière du rock progressif et du jazz rock, le tout saupoudré d’une pointe de psychédélisme, RIEC propose une musique souvent électrique et énergique. Le style est donc à comparer aux albums solos de Bruford ou Holdsworth, ou encore à Mahavishnu Orchestra pour le recours à des arpèges hypnotiques (« Gingkobiloba »), même si plus rarement, des touches de jazz pur à la Truffaz ou à la Coltrane peuvent être décelées (le calme « Jazzawan »). Les influences progressives sont également bien présentes, comme cet « Outoksaï », évoquant King Crimson pour ses multiples « fractures » et ses sonorités dissonantes. Mais la quintessence de ce Et Cie, c’est sûrement ce « Monsieur Bleu » de très haut niveau : introduit par une plage ambient avec cuivres, puis dynamisé par la sautillante rythmique d’Olivier Bonnafous (batterie) et Laurent Rigo (basse), ce morceau de dix minutes s’énerve franchement dans un échange instrumental enflammé par une basse « slappée » et des envolées guitaristiques évoquant le meilleur de Spaced Out. On remarquera le touché très particulier du guitariste (impossible de savoir duquel il s’agit entre Arnaud Guillaume et de Luc Lavenne), un peu « tremblotant », dans un genre qui rappelle Allan Holdsworth et, quelque fois aussi Alex Lifeson lors d’interventions en solo plus tranchées : il y a pire comme références ! La production fait parfaitement ressortir tous ces détails et ces sonorités (comme les percussions de « Mantrak Karma Shmakka »), et participe à cette impression générale relevée plus haut, selon laquelle il s’agit bien d’un album et non d’une reprise d’un répertoire de concerts basé sur des improvisation collectives.

On ne s’ennuie pas sur ce Et Cie, et c’est déjà un succès vu le peu d’albums instrumentaux qui passent pas la barre de l’écoute d’une traite (citons les excellents La Zombie et ses Bizons, par exemple). La richesse des mélodies et le niveau technique mis intelligemment au service d’un collectif vraiment rodé se suffisent ainsi à eux-mêmes, et si l’on devait vraiment être tatillon, on suggérerait qu’un grain de folie supplémentaire affirmerait encore un peu plus la personnalité de RIEC. Avec des groupes pareils, « il est content Progressia » !