A Triggering Myth - The Remedy of Abstraction

15/09/2006

Par Djul

Label: The Laser's Edge

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Pointure du progressif américain, A Triggering Myth ne figure qu’à compter de cette chronique dans nos pages : il était temps de réparer l’injustice. Le groupe fait en effet figure d’ancêtre du genre, puisqu’il a débuté à l’orée des années 90, une période fort peu propice pour se lancer dans ce style de musique. The Remedy Of Abstraction constitue donc son sixième album. A noter que toute sa discographie est disponible chez le label de Ken Golden, The Laser’s Edge.

Qui est au commande de ce groupe ? Tim Drumheller à la …batterie, comme son nom l’indique, et Rick Eddy aux guitares (tout deux se partageant par ailleurs claviers et production). Le premier a un passé de technicien de studio, tandis que le second a œuvré dans le Rock In Opposition (le groupe « One Bear… Dancing »). Par ailleurs, à chaque album d’A Triggering Myth, sa pléiade d’invités : après avoir (notamment) vu défiler une partie de Deus Ex Machina (sur The Sins of Our Saviours), le duo a demandé à Michael Manring (à la basse), Scott Mc Gill (à la guitare), Vic Stevens (au profit duquel Drumheller abandonne ses parties de batterie) et quelques autres de venir compléter le groupe.

Fort de cette formation à géométrie variable, A Triggering Myth propose un progressif traditionnel « à l’américaine » qu’apprécieront les amateurs de Happy The Man ou The Underground Railroad (un voisin de label). Les autres auront donc besoin d’un descriptif plus complet, à savoir un progressif instrumental à forte consonance jazz, où les claviers jouent un rôle prépondérant (alternance de sonorités de piano ou « néo ») et dont la complexité l’apparente aussi à la famille du Rock In Opposition. Peu d’écoutes seront nécessaires pour se rendre compte que le disque est pour le moins exigeant. Face à une musique très technique et changeante, il est difficile de s’agripper à des aspérités le long de cette montagne de notes : pas de voix, des mélodies en roue libre et des instrumentistes qui se renvoient la balle sans cesse dans un ballet parfois improvisé, voilà l’essentiel de The Remedy Of Abstraction. Akihisa Tsuboy, au violon, apporte bien une touche rafraîchissante à la Mahavisnhu Orchestra, comme au centre du morceau titre. De même, certains passages sont plus accessibles, comme l’introduction sublime de « Her Softening Sorrow  » (plus de trois minutes), où chaque musicien apporte sa contribution à une musique toute en retenue et en émotion, ou encore « Not Even Wrong », à l’approche furieusement rock de chambre, et proche d’Univers Zero période Ceux du Dehors.

Qu’il est ardu de noter ce disque, puisque vous aurez compris que si nous avons pu le trouver difficile d’accès et parfois même froid, sa grande complexité et ses multiples recoins, à l’orée du progressif, du jazz et de la musique classique, en fascineront certains, probablement les plus musiciens dans l’âme ! Et le plus terrible est qu’il est impossible de reprocher quoi que ce soit au groupe : les passages sont alternés avec tant de finesse et de maîtrise que c’est en partie pour cela qu’il est si difficile de trouver des points de repères ! A Triggering Myth est donc un groupe à part, presque autarcique, et réservé à une « élite » même si ce n’est pas forcément de son fait : avis aux aventuriers !