Derek Sherinian - Blood Of The Snake

28/08/2006

Par Julien Damotte

Label: InsideOut Music

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Après Planet X en 1999, Inertia en 2001, Black Utopia en 2003 et Mythology en 2004, Derek Sherinian sort son cinquième album solo en sept ans. Si l’on ajoute à ce palmarès ses albums avec entre autres Planet X, Platypus, Jughead, Malmsteen ou plus récemment Billy Idol, ce n’est pas moins de vingt-cinq albums auxquels il a participé depuis son départ de Dream Theater !

Derek a adopté la même ligne de conduite pour son nouveau bébé : les compositions tournent autour des invités prestigieux pour la plupart présents sur ses précédents disques ainsi que les petits nouveaux : Brian Tichy (batteur du groupe Ball qui a composé la moitié des titres de l’album avec Sherinian), Brad Gillis, Billy Idol et Slash. Les titres sont toujours aussi variés et empruntent à des styles aussi différents que le métal progressif (« Czar Of Steel »), le heavy métal qui tache (« Man With No Name »), le néo-classique moderne (« Blood Of The Snake », « The Monsoon », « Viking Massacre »), le jazz rock (« Phantom Shuffle ») et le jazz plus traditionnel (« On The Moon »). Cette hétérogénéité n’effraiera pas l’initié mais pourra rebuter celui qui découvre la musique de Derek. Comme à l’accoutumée, il y a du bon à prendre dans chaque morceau mais aussi malheureusement quelques longueurs.

Encore une fois, il ne faut pas s’attendre à un album pour claviéristes mais plutôt pour guitaristes, ce qui ravira les uns mais renforcera l’agacement des autres. Derek semble encore avoir composé son album pour ses invités, comme si ses albums étaient une cour de récré géante où le petit Derek invitait tous ses amis pour montrer qu’il en a et qu’il les remerciait en les laissant jouer avec ses jouets. En effet, par paresse ou par humilité (au choix !), il laisse ses invités prendre le devant de la scène, après leur avoir déroulé le tapis rouge. Yngwie Malmsteen, par exemple, joue sur trois morceaux à tendance néo-classique, donc en terrain connu. Et c’est là la performance majeure de cet album : faire jouer Malmsteen sur des morceaux qui, sans être extraordinaires, sonnent mieux que du Malmsteen. On se surprend à imaginer ce que donnerait un album du suédois s’il était aussi bien produit et si les compositions étaient plus originales. Le seul problème, c’est que la « shreddite » aïgue du viking est contagieuse et Sherinian se sent obligé de lui répondre, à renforts de doubles croches et autres sextolets pas toujours très utiles.

Quant aux autres invités, leurs performances sont inégales. Si d’un côté Simon Phillips, Tony Franklin et Zack Wylde (qui n’a pas pu s’empêcher de chanter une chanson très « Ozzy-esque », comme il l’avait déjà fait sur Mythology) sont fidèles à eux-mêmes et font du bon boulot pour leur patron, on sent que John Petrucci n’avait pas vraiment envie de se fouler pour son ex-camarade de Dream Theater, ses interventions donnant l’impression d’avoir été un peu bâclées. Quant à l’idée de réunir les légendaires Billy Idol et Slash sur un même morceau, elle eût été bonne si le morceau en question n’était pas qu’une simple reprise de « In The Summertime » de Mungo Jerry (dont le clip est disponible sur le site officiel), amusante certes, mais complètement dénuée d’intérêt. Saluons à l’inverse la superbe performance de Brad Gillis sur la ballade instrumentale « Been There Before ». Son toucher est pur et sans fioritures et vient contraster avec le caractère souvent surfait de la musique de Sherinian. Très réussi également le prélude arabisant « Prelude To Battle » qui ne dénoterait pas dans le fameux jeu « Prince Of Persia ». A noter enfin la présence d’un saxophoniste, Brandon Fields, sur les titres les plus jazz, seule vraie nouveauté par rapport aux autres albums solo de Sherinian.

Un album peu surprenant donc, qui trouvera encore une fois son lot de fans mais aussi son lot de déçus. Pour ceux qui attendaient un véritable album solo centré sur le clavier, ça ne sera pas pour cette fois.