Kvazar - A Giant’s Lullaby

16/08/2006

Par Djul

Label: Musea

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Au rayon des formations progressives nordiques, qui s’étoffe chaque jour un peu plus, étudions le cas de Kvazar, tout droit venu de Norvège. Après un premier album éponyme, le groupe a sorti ce A Giant’s Luyllaby sur Musea il y a un an maintenant. Evoluant dans le genre symphonique, Kvazar se distingue cependant assez nettement de la « veine suédoise » des Anekdoten, Änglagård et autres Landberk. En effet, si on retrouve ici les deux amis de tous les proggeux venant du froid, à savoir ce bon vieux mellotron et une tristesse infinie, le groupe se plaît à quelques incursions dans le jazz ou le folk qui égaient ce morne paysage, souvent avec clairvoyance. En lieu et place des climats crépusculaires de leurs voisins, les Norvégiens optent donc souvent pour un retour à une certaine forme de naïveté et/ou d’innocence dans les ambiances qu’ils développent, à l’instar de la plupart des formations progressives du début des années 70.

On retrouve donc « un peu de tout » sur ce deuxième essai: de progressif dur (avec basse ravageuse), des passages beaucoup plus enjoués voire du jazz rock, au risque de perdre en cohérence. C’est ainsi que « Flight of the Shamash » mélange chants grégoriens, envolées de guitares à la Steve Hackett et complaintes pour chœurs que ne renieraient pas le grand Ennio Morriconne, pour ce qui est le meilleur moment du disque, avec « Choir of Life ». Sur ce second titre, très pastoral, on s’aperçoit que Kvazar possède une chanteuse à mi-temps en la personne de Trude Bergli, et que cette dernière a bien du talent, accompagnée par des mellotrons imposants qui constitueront l’une des seules références clairement nordiques de l’album. Entre deux brèves transitions instrumentales imprégnées de l’esprit de Camel (guitare acoustique un brin mélancolique) et de Pink Floyd (basse grave et claviers planants), le groupe offre encore une autre perspective sur sa musique, avec une lente ballade où s’intercalent montées guitares/claviers et cassures jazzy (légers saxophones, batterie tout en retenue), surmontée par la voix délicate de Andre Jensen Deaya (« Dreams of Butterflies »). Le kaléidoscope de styles continue sur le disque, avec « Spirit of Time », le bien nommé: un titre complètement Floydien (périodes Barrett et post-Barrett), et hanté par des chœurs et un orgue Hammond aux sonorités profondes, avant que le saxophone de Odd Andre et les arpèges de guitares de John-Eric Gretland ne viennent confirmer que le titre vient de se transformer en inédit de Dark Side of the Moon. Influences orientales (« Desert Blues ») et improvisations à la Soft Machine (« Sometimes ») sont encore au programme d’un album déroutant, et continuent à faire perdre le fil directeur de celui-ci, même si les mélodies sont suffisamment mémorisables pour prendre l’auditeur par la main. Le disque se « délite » ainsi à partir de « Spirit of Time », jusqu’au magistral morceau-titre, qui reprend les choses en main, avec une ambiance proche de Islands de King Crimson (pour les cuivres et l’aspect diaphane du titre) et une montée à la fois instrumentale et vocale digne de Magma.

Nous voici donc devant un véritable cas de conscience avec A Giant’s Lullaby: faut-il féliciter cette tentative d’exploration de mondes musicaux très divers ou doit-on reprocher aux norvégiens d’avoir voulu trop en faire au détriment d’une cohérence d’ensemble? On choisira la première solution, la personnalité du groupe se trouvant dans la force expressive de chaque titre de l’album, même s’il est probable que certains amateurs ne la décèleront pas. Cependant, sans ce « ventre mou » composé des trois titres centraux, le disque aurait sans doute pu prétendre à une place dans les meilleurs œuvres progressives de l’année 2005. Ah, une dernière chose… : si leurs compatriotes de Gargamel n’ont pas été très heureux sur le choix de leur nom, Kvazar devrait quant à lui changer d’infographiste! Quelle immonde pochette!