Kopecky - Blood

09/08/2006

Par Sébastien Crépy

Label: Unicorn Digital

Site: kopecky.8m.com

Après Karcius le mois dernier, Blood de Kopecky est une fois encore un album en provenance de la productive maison de disques canadienne Unicorn Digital. Le groupe d’origine américaine comporte en son sein trois musiciens issus de la même famille : les frères Kopecky. Voici donc élucidé le nom éponyme de ce groupe ainsi que le titre de l’album qui tourne autour de l’idée de noirceur et de violence mais aussi de liens du sang ! 

Que dire de ces trois personnages sinon qu’ils écument la scène progressive depuis 1999, date de la création du groupe, avec des premières parties et des participations occasionnelles pour les plus grands : Macalpine (CAB, Planet X), Percy Jones (Brand X), Spock’s Beard, Michael Angelo, Porcupine Tree et bien d’autres, nos lascars ont un passé chargé avec cinq albums déjà (en comptant cette nouveauté) et une reconnaissance internationale qui va croissante. 

Avec au premier abord des airs aussi joyeux que le seraient les pourparlers antinucléaires en Corée du Nord ou la défaite en finale de la coupe du monde de football de 2006, on ne peut pas dire que Blood nous transporte dès la première écoute dans un univers des plus agréables. C’est d’ailleurs bien là ce qui constitue le trait saillant de la musique des frères Kopecky, cette suggestion sonore d’univers ravagés, stériles, laissés à l’abandon, baignant dans le sang après de féroces combats ou de désespérantes catastrophes. A moins d’avoir un penchant pour les morceaux expérimentaux les plus sombres de King Crimson ou pour la mélancolie qui émane d’un groupe tel que Dead Soul Tribe, il faut bien avouer que l’ensemble ne porte pas immédiatement à la clémence. 

Avec une progression assez régulière basée sur l’alternance de mesures symétriques et asymétriques, un placement d’instruments et de notes incrémentiel, Blood pourra rebuter l’oreille profane et passer pour un projet « technico-rythmique » de plus dans le monde des… projets « technico-rythmiques ». Il faut cependant concéder aux trois interprètes que leur propos est cohérent et que les moyens employés pour y arriver sont forts bien maîtrisés : les frères Kopecky excellent dans la maîtrise de leurs instruments et dans l’utilisation de nappes atmosphériques dissonantes épaulées par une sept cordes digne de Petrucci et des rythmiques globalement implacables et pachydermiques. 

Quelques éléments agréables apportent d’autre part un peu de valeur ajoutée à Blood : des soli de guitare lyriques qui rappellent Satriani viennent de temps en temps contrebalancer la froide technicité de l’album. De même, les rythmes déshumanisés savent changer de tempo et permettent à l’auditeur d’échapper à l’atmosphère étouffante et enfiévrée qui règne sur certains titres. 

Avec son mélange d’instants expérimentaux tendus qui trouvent une libération en des ballades aérées mais complexes, Kopecky évoque indubitablement le travail de Gordian Knot. Reste à savoir si Blood, malgré ses qualités techniques indéniables, saura en séduire un grand nombre sur le long terme : on a en effet beau répéter les écoutes, il n’est pas aisé de se souvenir avec exactitude ou entrain d’un air qui caractériserait ou représenterait l’album. Pour les auditeurs avertis qui n’ont rien contre les œuvres un peu nihilistes mais aussi de qualité !