Karcius - Kaléidoscope

14/07/2006

Par Sébastien Crépy

Label: Unicorn Digital

Site: www.karcius.com

Comme la ponctualité est la politesse des rois, Karcius, bon prince, tient promesse et nous réjouit en sortant son deuxième album dans les temps. Lors de son interview cette année, le groupe laissait miroiter un album de la trempe du précédent mais agrémenté de quelques surprises qu’il nous promettait agréables. 

Les premières impressions sont très positives. Le charme opère à la première écoute, comme si Karcius avait trouvé un moyen, telles les sirènes, de rendre ses mélodies irrésistibles avec ses succulentes saveurs éclectiques et fusionnelles. La mixtion globale du son est excellente et entretient ce petit cachet expérimental sous contrôle perpétuel que semblent particulièrement affectionner ces artistes fervents. L’assortiment que forment les titres est globalement plus agressif, au sens positif du terme, ce qui achèvera de convaincre les sceptiques qui auraient pu afficher une moue dubitative (hautement injustifiée bien sûr) avec Sphère

Huit pistes viennent combler d’aise : soucieux de ne pas épancher inutilement ses velléités créatives en petites unités trop nombreuses, Karcius propose 2 titres de moins que sur l’album précédent. Toutefois, la longueur de chaque morceau reste conséquente et ceux-ci sont agencés avec encore plus de cohérence et de variété que dans Sphère. Les passages atmosphériques sont ainsi plus courts, ce qui débouche sur un tout plus incisif. Il ne se passe d’ailleurs pas une seconde sans que l’on ne se demande où Karcius a pu puiser son inspiration, toujours aussi plaisante et surprenante. 

En sus de la cohésion et de la concision gagnées, Kaléidoscope projette sur le devant de la scène une basse qui prend des rondeurs en s’affranchissant sur certains morceaux de ses frettes. Sa cousine, la guitare, est également devenue plus puissante et s’offre quelques effets supplémentaires avec des fugues plus rythmiques, des étouffées de cordes plus nombreuses, des sons en somme plus ouvragés pour encore plus de variété. Le pouvoir suggestif de chaque titre en sort renforcé et le groupe gagne ainsi en expressivité. 

L’aspect émotionnel de chaque composition ne sera pas contredit par « Maintenant » qui fait valser sur un son hispanisant enrichi d’un piano très blues que l’on prendrait volontiers pour illustrer l’action d’un bon vieux polar. Sur un « A-0-14 » (non, il ne s’agit pas d’un nouvel Airbus mais bel et bien de la piste 6) un peu passerelle, ce sont des intermèdes classiques wagnériens et cataclysmiques qui submergent et rajoutent sans conteste poids et grandeur à ceKaléidoscope intarissable mais jamais décousu. 

La maison de disque Unicorn Records a été fort inspirée de signer un contrat avec nos quatre Québécois et ajoute avec ce deuxième album de Karcius un bijou de choix à son écrin. La pochette, déclinée en des tons ocres et sanguins, ne manquera pas d’attirer vos regards et vos appareils haute fidélité vous béniront jusqu’à la septième génération pour avoir acheté cette œuvre technique, originale et qui synthétise parfaitement les styles les plus influents des années 1970 et 1980 en les mettant au goût du jour. C’est avec aisance que Karcius augmente d’un point sa note chez Progressia: en faisant des choix esthétiques diversifiés et en prenant le parti d’une musique un peu plus musclée, Karcius va s’attirer une frange d’auditeurs amateur de progressif expérimental volontaire et structuré à la Planet X de Derek Sherinian sans dérouter pour autant les fans de la première heure. En un mot: bravo Messieurs !