Triptych Myth - The Beautiful

06/07/2006

Par Mathieu Carré

Label: AUM Fidelity / Orkhestra

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Triptych Myth est un trio de jazz venu des Etats-Unis: Chad Taylor à la batterie et Tom Abbs à la contrebasse accompagnent le leader pianiste Cooper-Moore, qui a l’instar de bien d’autres a délaissé sa précédente identité histoire de fasciner un peu plus les foules en délire. Si la forme du trio est conventionnelle, sa musique a plus de mal à rentrer dans les routes balisées car au milieu de nombreuses improvisations ardues se retrouvent quelques lignes mélodiques ou enchaînements d’accords plus conventionnels: du jazz dans sa dimension la plus globale donc.

A l’intérieur du livret, un texte de présentation signé William Parker un peu trop élogieux pour être tout à fait honnête prévient: « Attention il vous faudra du temps pour apprécier ce disque ». Ce genre de phrase a tendance à rendre méfiant avant la découverte, et la première écoute confirmera bien vite: contretemps, breaks rythmiques multiples et jeu de piano déstructuré rendent l’approche délicate. Cependant, l’oreille de l’auditeur est vite accrochée par des notes plus familières: l’introduction sur quatre accords délicats de « Frida K. The Beautiful » et un jeu de contrebasse chaleureux rappelant Charlie Haden permettent d’apprécier encore plus les élucubrations de tambours qui suivront. Construit sur le même modèle, « Pooch » va encore plus loin dans ce mélange exquis: mélodies nostalgiques, petits passages enjoués se succèdent alors que le batteur ne cesse de monter en puissance jusqu’à un final pétrifiant d’intensité. On relèvera aussi le coté jazz presque classique de l’agréable entrée en matière « All Up In It » et la rythmique très rock de « Poppa’s Gin in the Chicken Feed », où l’excellent Chad Taylor s’en donne à cœur joie.

Mais si le trio montre ainsi parfois le chemin pour apprécier au mieux ses morceaux, il lui arrive également de laisser l’auditeur seul avec une musique technique, presque bruitiste austère. Noyé sous les injonctions brèves et désordonnées des trois compères, on reste souvent en équilibre précaire entre une certaine fascination et un scepticisme plus certain encore. Ainsi « Spiral Out » est un morceau témoignant d’une énergie incontestable presque hypnotique mais très déconcertant, à l’image de la majeure partie du disque. L’album se conclut par une ballade interprétée (trop ?) intimement par Cooper-Moore seul.

The Beautiful est donc bel et bien un disque qu’il faudra écouter plusieurs fois avant de porter un jugement définitif. Dès le premier passage, il interpelle l’auditeur, l’intrigue, le séduit mais lui laisse aussi avec bien des questions en suspens. A celui-ci de décider s’il voudra pousser plus loin l’aventure…