Orval Carlos Sibelius - Orval Carlos Sibelius

18/06/2006

Par Djul

Label: Autoproduction

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Sous cet étrange pseudonyme (bière trappiste? terroriste? logiciel musical?) et ce linceul christique se cachent un jeune artiste français, Axel Monnaud. Après quelques collaborations dans le milieu de la musique indépendante, l’artiste sort son premier album solo autoproduit, avec l’aide et les arrangements de quelques amis. Un disque qu’il qualifie lui-même de « pop progressive » lorsqu’il l’a soumis à notre appréciation, aiguisant ainsi notre curiosité de magazine musical.

« Pop progressive », voilà un qualificatif qui n’est en effet pas usurpé. Avec, semble-t-il, très peu de moyens, OCS a bricolé entre 2000 et 2005 un disque inventif et ludique, sur lequel l’immédiateté de morceaux pop se pare d’atours progressifs discrets mais bel et bien présents, donnant à l’ensemble une forte tonalité psychédélique. Ne tergiversons pas plus longtemps, l’artiste doit clairement beaucoup à Robert Wyatt dans son approche, ou à Devendra Banhart si on est critique chez Rock’n’Folk. Ainsi, la voix plaintive et en retrait d’OCS, et une instrumentation (en apparence) approximative et fragile rappellerons inéluctablement l’ancien batteur de Soft Machine et l’auteur de Rock Bottom. Le seul « Finally » reprend ainsi tous ces codes musicaux, avec bonheur.

Les morceaux de l’album sont tous concis et articulés autour de quelques idées et mélodies, développées voire malaxées au fil des secondes : on trouve donc rapidement ses repères, pour mieux apprécier les arrangements en filigrane d’une trame musicale simple mais lumineuse. Chant féminin (assuré par The Konky Duet), sonorités électroniques, flûte, piano sautillant, autant d’éléments qui contribuent au plaisir répété de l’écoute de titres comme le planant « Albert’s Suspended Lake » ou « SST ». Le cœur du disque ressemble à ce que devrait produire Air pour être réellement affilié au progressif. Enfin, les deux morceaux « phares » de ce disque éponyme se trouvent en introduction et en conclusion : « Ole Atomic Cyborg » est une comptine accrocheuse parsemée d’effets « spatiaux » tandis que « Mister Heart of Stone » est le « tube » du disque, un croisement surprenant entre la voix suave de Brian Wilson et les bidouillages electro-pop des Flaming Lips. Le premier album d’OCS est une réussite, et fait souffler un vent de fraîcheur sur la pop indépendante made in France, à la manière de ce qu’a pu faire la talentueuse Anja Garbarek sur son excellent Smiling and Waving, en plus barré et entraînant. Avec ses douze miniatures pop et prog, Orval Carlos Sibelius est une jolie découverte, qui devra cependant être confirmée par un second essai encore plus marquant pour asseoir la réputation de cet artiste.