Magnesis - L'Immortel Opéra

03/06/2006

Par Jean-Philippe Haas

Label: Musea

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Les avatars d’Ange sont légion dans le rock progressif français. Dans la plus pure tradition du rock théâtral des illustres franc-comtois, Magnesis écume les scènes bourguignonnes depuis presque vingt ans et revendique l’héritage des maîtres du rock progressif des années septante comme Yes ou Genesis et de ceux qui ont repris le flambeau une décennie plus tard : IQ, Marillion et Pendragon.

A l’instar de leurs brillants ancêtres, Magnesis axe ses concerts sur une mise en scène savante, costumes et masques à l’appui. Leur spécificité est de développer dans chacun de leurs albums une histoire souvent basée sur des légendes moyenâgeuses mettant en scène des personnages historiques. Cet Immortel Opera tombe à point nommé puisqu’il est inspiré de la pièce de Frédéric Przybyl (membre fondateur du groupe) du même nom ayant pour héros central… Mozart. Ce dernier se retrouve réincarné en rock star grâce à un pacte avec le diable.

Si les prestations scéniques de Magnesis sont sans aucun doute spectaculaires, l’originalité musicale est laissée pour compte. La quasi-intégralité de l’album reste confinée dans un rock néo-progressif convenu, avec tout ce que cela implique : titres de longueur « conceptuelle », parties pompeuses, emphase excessive, pauses atmosphériques, chant maniéré, passages parlés. S’il reste de belles mélodies, quelques soli agréables, l’ensemble n’est qu’une redite de plus de ce que Marillion et son cortège ont pu proposer il y a vingt ans et Ange encore dix ans plus tôt. N’est pas Christian Decamps qui veut, qu’il s’agisse de la performance vocale ou de l’écriture. Dans ce domaine, Magnesis n’a pour l’instant qu’un statut de pâle copie, tant le chant est quelconque et le texte sans saveur particulière.

Le seul véritable intérêt réside donc dans l’originalité de l’intrigue et dans son interprétation in vivo qui semble-t-il fait la réputation du groupe. Car une bonne histoire et de la bonne volonté – et Magnesis dispose des deux – ne suffisent pas à faire un bon album. Il faut également savoir se libérer de ses influences et disposer d’une production digne de ce nom. Cela est-il encore possible après six albums du même tonneau ? Mieux vaut tard que jamais.