Pago Libre - Stepping Out

02/05/2006

Par Mathieu Carré

Label: Leo Records / Orkhestra

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Pago Libre est un quartet plutôt atypique : piano, contrebasse, cor et violon ; il détonne quelque peu dans le paysage musical actuel. Et l’origine des musiciens de cette formation singulière, dirigée depuis 1996 par le pianiste helvético-irlandais John Wolf Brennan, se révèle également hétéroclite puisqu’à Tscho Theissing (Autriche, violon) et Arkady Schilkloper (Russie, cor) s’est ajouté pour cet enregistrement Georg Breinschmidt (Autriche) à la contrebasse. Vive l’Europe !

Stepping Out est un mille-feuille musical sophistiqué, produit d’une recette raffinée et ambitieuse exécutée par des artisans de premier ordre. Si la raison voudrait que l’on classe ce disque dans le rayon jazz, la première écoute démontre d’emblée qu’il n’est pas ici question de s’embarrasser avec des étiquettes car si l’on débute par une introduction enlevée plutôt jazz, lui succède une superbe pièce « Heptao » aux airs de tango revisité, de par l’association piano / violon montant progressivement en intensité, puis un monument hétéroclite de quatorze minutes, ancré dans un esprit classique contemporain. Il convient alors rapidement de prendre le parti de recevoir cette musique sans autre ambition que d’être séduit et surpris.

Et les quatre musiciens mettent tout en œuvre pour mener à bien ce pari:Il est rarement possible d’admirer un jeu d’une telle précision (que l’on peut presque être tenté de qualifier de « germanique » ). Jamais un instrument ne prend le pas sur les autres, on est alternativement séduit par la chaleur des sonorités du cor, joué tout en souplesse, apaisé par des arpèges faussement naïfs du pianiste ou amené dans les aigus au gré d’une saillie du violoniste. Quant au nouveau contrebassiste, il gratifie l’auditoire d’un solo tellement époustouflant au milieu du troisième morceau que l’on pourrait s’ attendre à entendre des techniciens du studio l’applaudir à la fin de celui-ci.

Si les morceaux longs, de par leur évolution incessante sont fascinants, les pistes plus courtes semblent plus inégales, mais ont le mérite de ne jamais tomber dans la mièvrerie ou la noirceur qui caractérise la production de bon nombre de formations de cette branche musicale. Le seul bémol pour l’auditeur peut donc résider dans le caractère nécessairement très « écrit » de cette musique plus qu’ambitieuse. Et le seul bémol pour Pago Libre pourrait bien résider dans le fait que peu de chanceux risquent de les suivre dans les hauteurs musicales où ils ont élu domicile. Toutefois, ceux-ci ne seront pas déçus !