Lingua - The Smell of a Life That Could

29/04/2006

Par Djul

Label: Mascot Records

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Ne vivons-nous pas une époque formidable, musicalement à tout le moins ?! L’émergence de Tool n’a pas caché bien longtemps la partie immergée de l’iceberg indie-prog : Oceansize ou Biffy Clyro, pour ne citer que les plus énervés, mêlent avec bonheur et relatif succès commercial des influences metal, progressives et noisy, sans faire pour autant l’objet d’un lynchage en règle par une presse musicale qui fait et défait bien des vocations !

Des vocations qui se trouvent donc confortées, voire encouragées, par cette vague qu’on espère bientôt déferlante. Au rayon des jeunes loups figurent Lingua et son premier album The Smell of a Life That Could Have Been. Ce groupe suédois existe depuis 2000 mais a su prendre le temps de la maturation (et de la scène) avant de se lancer dans la production de son premier essai en studio.

Cette patience s’avère payante, même si cet album contient encore quelques erreurs de jeunesse, qui ne sauraient cependant masquer les qualités dont font preuves les quatre garçons. Dès le premier morceau, tiré de l’introduction de leurs concerts, on sent bien à quel point Tool peut être une référence aujourd’hui : riffs acérés et concassés, voix oscillant selon les climats entre le glauque et le rugissant comme le fait si bien Maynard : il n’y a pas de doutes à avoir sur les influences de Lingua.
« May Crayons Guide The Sheep » et le conclusif « Transparent Barriers » méritent bien de figurer sur l’étendard du groupe, à la fois par leur indéniable qualité, mais aussi parce la suite est un poil en deçà. A ce stade de la chronique, il faut être clair : Lingua est avant tout un groupe de metal, dont l’objectif reste l’efficacité. Ainsi, les structures des titres restent souvent basées sur des couplets-refrains de circonstance, parfois un peu empruntés : « Out of Faces » est un bon morceau mais a tendance à se traîner, sans jamais proposer de cassures, tandis que « Control Yourself » tente au contraire le contraste hard-core – rock mélodique, mais ne sonne qu’à la manière d’un copier/coller artificiel. Cette relative facilité à laquelle se laisse parfois aller le groupe est dommageable lorsque que l’on entend des compositions comme « Constant State of Puttra » (son dernier tiers notamment), qui allie refrain accrocheur et décollage surprise, ou encore « No Footing », dont certains passages (voix claire de Thomas et riffs épais) sonnent comme les excellents Dredg.

Il est clair que Lingua n’est pas encore à la hauteur des jeunes et fines lames évoluant dans le même genre, telles Oceansize ou Dredg, notamment par l’aspect plus prévisible et moins inspiré de sa musique. Mais il est également indéniable que le groupe s’extirpe de la masse laborieuse des groupes de neo-metal besogneux par sa réelle sophistication. Des éléments laissent espérer que le deuxième essai soit transformé, à condition que la qualité de l’instrumentation s’améliore et surtout que six autres années ne se passent pas avant sa sortie !