Evergrey – Evergrey

ENTRETIEN : EVERGREY

 

Origine : Suède
Style : Metal progressif
Formé en : 1998
Composition :
Tom S. Englund – Guitares & Chant
Henrik Danhage – Guitares
Rikard Zander – Claviers
Michael Håkansson – Basse
Jonas Ekdahl – Batterie
Dernier album : Monday Morning Apocalypse (2006)


La sortie de Monday Morning Apocalypse va assurément marquer un tournant dans la carrière d’Evergrey. Très différent des précédentes sorties du groupe, cet album risque de susciter des réactions, positives ou négatives, très extrêmes. Le charismatique et intransigeant Tom Englund a accepté, un verre de vin à la main, de nous parler un peu plus de son nouveau bébé, dont il est bien entendu très fier.

Progressia : Tout d’abord pouvez-vous nous dire comment s’est passé votre concert d’hier soir à Londres ?
Tom Englund:
Excellent ! Le concert affichait complet, ce qui est génial vu que c’est la première fois que nous jouions en tête d’affiche en Angleterre. De plus, quarante ou cinquante journalistes sont venus des quatre coins du monde pour couvrir cet événement.

Comment le public a-t-il réagi à vos nouveaux morceaux ?
Nous n’avons joué qu’un nouveau titre mais les gens l’ont adoré ! Pour l’instant nous n’avions fait que jouer nos nouveaux morceaux en répétition. Nous avions déjà joué ce titre une fois sur scène en Hollande mais le résultat n’était pas à la hauteur de nos espérances.

De quel titre s’agit-il ?
« Monday Morning Apocalypse ».

Parlons de ce nouvel album. C’est un album plus direct et plus « commercial » d’une certaine façon, un peu comme Recreation Day
Oui tout a fait ! Vous êtes le premier à me dire ça alors que j’attendais cette comparaison depuis longtemps ! Recreation Day est vraiment l’album qui ressemble le plus à Monday Morning Apocalypse .

Il est peut-être encore plus « commercial » que Recreation Day, dans le sens où les chansons semblent encore plus faciles à retenir. Etait-ce votre intention ?
Non, notre intention a toujours été de faire les meilleures chansons possibles, peu importe si elles font deux ou huit minutes. Notre évolution musicale nous a amené à faire cet album, à ce moment précis de notre vie. Nous n’aurions pas pu le faire à l’époque de The Inner Circle par exemple, car nous ne savions pas comment faire. Il en sera de même pour le prochain album, nous évoluons constamment et ce de façon naturelle. D’un autre côté, il est vrai que nous avons pour la première fois fait appel à un producteur extérieur et il a forcément joué un rôle important dans cette évolution (NDR : un duo de producteurs pour être exact : Sanken Sandquist et Stefan Glauman). Quelques chansons, pas toutes, étaient un peu plus longues et contenaient des passages instrumentaux qu’il trouvait inutiles. C’est d’ailleurs pour cela que nous l’avons payé, pour nous « prêter ses oreilles ». En fin de compte, il s’est avéré qu’il avait raison et que ces passages instrumentaux n’apportaient rien de plus à la chanson. Nous avons toujours raisonné en terme de « chansons ».

Avant cette collaboration, vous avez déclaré : « nous sommes honorés de travailler avec des producteurs de cette envergure et nous sommes sûrs qu’ils réussiront à mettre notre musique en valeur ». Maintenant que l’album est fini, êtes vous entièrement satisfait d’avoir fait ce choix ?
Extrêmement satisfait ! Nous avons tellement appris de cette expérience ! Le fait est que les morceaux peuvent paraîtrent plus simples lors de la première écoute, en termes de technique ou de structure, mais ce n’est pas le cas ! C’est un des albums les plus difficiles que j’ai enregistré. Les producteurs étaient sans cesse sur notre dos à nous dire « non, ce n’est pas assez bien !  ». J’ai du réenregistrer une chanson 3 fois, en sachant qu’il y avait quatre pistes de guitares à refaire à chaque fois! Quel calvaire ! Je suis vraiment heureux d’avoir fait ce choix, nous avons vraiment appris beaucoup.

Est-ce la fin de l’autoproduction pour Evergrey ?
Je ne sais pas. Nous avons en quelque sorte produit cet album puisque c’est nous qui avons écrit les chansons, pas les producteurs. Ce sont deux aspects différents de la production : produire les chansons et mixer le son. Nous ne savons pas encore ce que nous ferons pour le prochain album, je ne me projette pas aussi loin.

Pensez-vous toujours à la scène quand vous écrivez vos chansons ?
Nous avons en effet composé dans cette optique depuis In Search Of Truth je crois. En revanche, nous n’avons pas composé The Inner Circle de cette manière, nous voulions seulement faire un bon album sans nous soucier de ce qu’il allait rendre sur scène. Mais, en effet, vu que nous tournons beaucoup, il nous faut des chansons taillées pour la scène.

Y a-t-il un concept derrière Monday Morning Apocalypse , des thèmes récurrents…
Non il n’y a pas de concept mais trois chansons sont liées entre elles : « Monday Morning Apocalypse », « Obedience » et « Still In The Water ». Elles font toutes les trois partie d’une même histoire. Mais en dehors de cette « trilogie », toutes les autres chansons sont indépendantes.

Et quel est le thème développé dans ces trois chansons ?
Elles sont sur le thème de l’agression, notamment par un gang. J’ai inventé une histoire dans laquelle le personnage principal se faisait agresser dans son enfance. Cela l’a tellement affecté psychologiquement qu’il décide, une fois adulte, de se venger en kidnappant les enfants de ses agresseurs. Ce genre d’histoires est un peu glauque mais elles existent vraiment.

Avez-vous été influencés par de nouveaux groupes pour l’écriture de ce nouvel album ?
Non pas du tout. Je n’écoute d’ailleurs jamais de musique.

Qu’en est-il du morceau « Till Dagmar » (NdR : petit interlude au piano) ? Quelle est la traduction de ce titre ?
Cela signifie « pour Dagmar », c’est un prénom. Rikard (Zander, le claviériste) a écrit cette chanson pour la jouer à l’enterrement de sa grand-mère. Ce titre permet de calmer un peu les esprits entre deux morceaux. Je l’adore.

Pourriez-vous donner trois adjectifs qui selon vous décrivent cet album ?
« Bon », « mieux » et « meilleur » !! (rires) Non plus sérieusement, je dirais qu’il est « intense », « efficace » et … « génial » !

C’est la première fois que le groupe apparaît sur la pochette d’un album. Pourquoi êtes-vous déguisés en prisonniers ? Qu’aviez vous en tête ?
La seule chose que nous avions en tête était de faire parler les gens comme vous ! (rires) . Personne ne nous parle de nos pochettes habituellement alors cette fois-ci, nous voulions que les journalistes en parlent ! Nous ne sommes pas assez beaux pour poser nus, alors il a fallu se mettre en scène différemment. Je trouve l’idée de poser habillés en prisonniers originale et assez amusante.

Chaque album d’Evergrey a un beau « digipack », des titres bonus, tout cela pour que les gens aient envie d’acheter l’album et non de le télécharger. Quelles vont être les « plus » de ce nouvel album ?
Le premier tirage, c’est-à-dire les 35000 premières copies ou quelque chose comme ça, sera agrémenté du titre bonus « Closure ». A part ça, nous ne voulions pas trop en faire cette fois-ci, juste un simple cd dans son boîtier en plastique. De plus, c’est assez dur de gérer tous ces formats car tout le monde veut quelque chose de différent. Il faut faire une édition américaine, une édition sud-américaine, etc. Et tout cela revient très cher et devient impossible à gérer. Nous avions déjà tellement fait d’efforts pour le contenu du DVD que cette fois-ci, nous voulions nous reposer un peu.

Va-t-il y avoir un ou plusieurs clips vidéo ?
Oui, nous avons déjà tourné un clip pour le titre « Monday Morning Apocalypse ».

Parlons un peu de la manière de composer au sein d’Evergrey. Est-ce toujours un effort de groupe ?
Oui, bien sûr. Peu importe si c’est moi qui écris toutes les chansons, ou si c’est Henrik (Danhage, le guitariste), cela sera toujours un effort de groupe. Nous sommes cinq musiciens et rien qu’en jouant, chacun apporte sa touche personnelle. C’est pour cela que nous nous appelons Evergrey et non « Tom S. Englund’s Project » ou autre. Pour cet album, j’ai écrit la majorité des chansons, Henrik m’a aidé pour quelques titres et a écrit une chanson tout seul. Quant à la dernière chanson de l’album, c’est Jonas notre batteur qui l’a écrite. Rikard a également participé à l’écriture. Donc vous voyez, c’est bel et bien un travail de groupe.

Est-ce vous qui avez écrit toutes les paroles ?
Oui à part pour les paroles de « In Remembrance » que j’ai écrites avec Rikard.

Si l’on se réfère au titre de l’album Monday Morning Apocalypse, on pense encore une fois au thème de la Religion, déjà abordé de différentes manières dans les deux précédents albums. Quelle est votre relation avec la religion ?
C’est marrant que vous me parliez de cela, car j’ai fait une interview pour un magazine chrétien il n’y a pas longtemps, un magazine très important aux Pays Bas. C’est d’ailleurs très étrange car je ne suis pas du tout Chrétien, je suis athée. Je ne sais pas trop pourquoi je me suis intéressé à la Religion… Je me suis surtout intéressé aux choses qui ne me plaisent pas dans la Religion !

Quand vous écrivez des paroles, qu’est-ce qui vous fait dire qu’un sujet vaut la peine d’être abordé ? Avez-vous des limites ?
Il faut tout simplement que je trouve un sujet qui m’intéresse ou qui m’affecte d’une manière ou d’une autre, un sujet qui me fait réfléchir et qui pourrait, selon moi, faire réfléchir les gens également. L’inspiration peut venir à n’importe quel moment. Le simple fait de croiser quelqu’un dans la rue et de lire une expression particulière sur son visage peut engendrer une série d’images dans ma tête et me donner envie d’écrire. Tout ce que je vois à la télévision, tout ce que je lis dans le journal, les événements tragiques de la vie de tous les jours sont sources d’inspiration.

Avez-vous besoin d’être d’une humeur particulière pour écrire ?
C’est plus une question d’heure que d’humeur. Il faut que ça soit tard le soir ou très tôt le matin. Le reste de la journée je suis trop fatigué pour me concentrer.

Avez-vous composé certains titres pendant que vous étiez en tournée ?
Non tout à été composé dans notre studio, comme nous l’avons toujours fait. Nous composons avec Pro Tools, en collant des idées les unes aux autres, avant même de jouer la chanson. Nous avons d’ailleurs souvent du mal à nous souvenir de ce que nous avons joué. On ne joue les chansons ensemble et dans leur intégralité qu’une fois l’album terminé.

Maintenant que vous avez votre propre studio, prenez vous plus le temps de composer et d’enregistrer.
En fait c’est le contraire ! Il ne nous a fallu que trois mois pour composer et enregistrer cet album alors qu’il en avait fallu cinq et demi pour le précédent.

A vos début vous aviez choisi le nom « Evergrey » (NdR : on pourrait traduire Evergrey par « toujours gris », la couleur grise faisant référence à quelque chose de triste) car la plupart des chansons que vous écriviez étaient des chansons « grises ». Avec le temps, vous n’avez en fait jamais cessé d’écrire des chansons tristes. Evergrey sera-t-il toujours gris ?
Oui. Je pense qu’il y aura toujours ce côté sombre, nous n’écrirons jamais des paroles sur quelque chose de joyeux. Notre musique ne ressemblera jamais à du ACDC non plus. Donc je pense que nous n’évoluerons pas de ce côté-là, même si notre dernier album est un premier pas vers quelque chose d’un peu différent.

Vous utilisez presque toujours la première et la deuxième personne dans vos chansons. Devons-nous en conclure qu’elles sont souvent autobiographiques ?
Oui c’est presque toujours le cas… je dirais que c’est vrai pour 75% des chansons. Pour les 25% restants, ce sont soit des chansons qui parlent de quelqu’un que je connais, soit des histoires que j’invente de toutes pièces.

Puisque vos chansons sont si personnelles, avez-vous déjà pensé à faire un album solo ?
Non. Je suis dans Evergrey depuis le premier jour (NdR : Tom Englund est le seul membre originel du groupe à être encore présent) et je suis totalement libre de m’exprimer dans ce groupe. Par conséquent je ne ressens pas le besoin de faire un album solo.

Etes-ce que vous ou un autre membre du groupe est impliqué dans un projet parallèle ?
Jonas et Henrik avaient un groupe de death metal qui s’appelait « Death Destruction ». Jonas et moi avons un projet genre « opéra » en suédois, mais c’est juste pour le fun. Nous écrivons aussi des chansons pour d’autres gens mais ça n’a rien à voir avec du metal !

Parlons un peu de vos projets…
Mon seul projet est de finir ce verre de vin et d’en commander un autre !(rires)

Nous faisions plutôt allusion à vos projets de concerts !(rires) Allez vous passer par la France ?
Oui nous sommes en train de réfléchir à six ou sept dates en France mais nous n’avons pas encore fixé de dates. Pour l’instant nous assurons la promotion de l’album puis nous retournerons en Suède pour quelques concerts. Ensuite, nous partirons pour les Etats-Unis pour tourner avec In Flames.

Savez vous avec qui vous jouerez en Europe et si vous serez en tête d’affiche ?
En fait tout dépendra du groupe avec qui nous tournerons. Notre manager est en train d’essayer de prévoir une tournée en première partie de Queensrÿche. Une tournée de cette ampleur serait évidemment bien mieux que de tourner seuls !

Vous aviez également parlé de faire un album acoustique…
Oui en effet c’est quelque chose que nous aimerions vraiment faire quand nous aurons du temps entre deux albums. Nous avions déjà fait quelques concerts acoustiques en France et nous avions renouvelé l’expérience en Allemagne deux années plus tard avec des chansons moins récentes comme celles de Solitude Within . Nous aimerions réarranger une quinzaine de vieilles chansons, mais je ne pense pas que nous écrirons de nouvelles chansons exclusivement acoustiques.

Et qu’en est-il de votre contrat avec Inside Out ? Vous avez décidé de le prolonger pour un album de plus. Savez-vous ce que vous ferez ensuite ?
Tout dépend des ventes de ce nouvel album. Pour l’instant je dois dire que notre contrat nous satisfait entièrement.

Un dernier mot pour les lecteurs de Progressia ?
Merci pour votre soutien et pour l’intérêt que vous portez à Evergrey. Continuez de parler de nous !

Propos recueillis par Julien Damotte et Jérôme Junisson

site web : http://www.evergrey.net

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